L’Économie sociale et solidaire, pour un développement résolument durable

Entretien avec

Jacques BOUTAULT, Adjoint au maire en charge de l’économie sociale et solidaire, du tri, de la réduction et de la valorisation des déchets, du recyclage et réemploi, de la condition animale et de la résilience.

« Pour les structures de l’ESS, l’enjeu demeure le même : démontrer que l’on peut entreprendre et réussir sans avoir pour unique objectif la finalité lucrative. Le sens de l’action, le métier, la coopération entre les acteurs est un facteur essentiel à la réussite et à la pérennité d’une entreprise, davantage que la recherche du gain financier à tout prix. Entreprendre sans profit, ce n’est pas une utopie, cela existe. »

Votre délégation regroupe de nombreux champs d’action. Sont-ils tous liés à l’Économie sociale et solidaire ?

Ma délégation est large en effet, et même si tous les sujets qu’elle recouvrent n’ont pas de lien direct avec l’ESS, tous participent de l’idée qu’il est possible et même souhaitable de construire une société dans laquelle les rapports entre les gens ne sont pas régis par des impératifs de rentabilité financière.

La découverte fondamentale de l’ESS c’est que la recherche du gain financier lucratif peut et doit s’effacer derrière l’intérêt social de l’entreprise. Le service ou le bien qu’elle apporte, son métier, la façon dont s’exerce le management interne sont primordiaux.

Bien entendu, ce principe « de l’intérêt social d’abord » est difficile à faire vivre dans un environnement concurrentiel hyper capitalisé comme celui dans lequel nous vivons. L’ESS suppose donc d’être accompagnée par les pouvoirs publics afin de démontrer qu’une autre façon de produire, servir et commercer est possible.

En quoi êtes-vous un acteur fort de l’ESS ?

En tant qu’élus, en lien avec l’adjoint en responsabilité de la maire de Paris, nous sommes très attentifs aux évolutions et aux besoins exprimés localement par les entrepreneurs et entrepreneuses de l’économie sociale et solidaire.

Que cela concerne leurs besoins de locaux (via Paris Commerce, notamment) mais aussi l’accompagnement de projets innovants, via les appels à manifestation d’intérêt.

Le Arches citoyennes situées à Paris centre, dans d’anciens locaux de l’APHP sont un bel exemple de l’accompagnement de la Ville pour les structures culturelles, solidaires, artistiques, artisanales qui créent de la solidarité et rencontrent leur public au cœur de Paris.

Enfin et cela n’est pas neutre, la ville de Paris a mis en place un bouclier social pour permettre aux structures de l’ESS de faire face à la période post covid.

Quelles initiatives transversales avez-vous initiées dans le cadre de votre politique volontariste d’ESS ?

Nous sommes très attachés à des actions pédagogiques en direction des plus jeunes. Dès l’école, nous devons faire comprendre ce qu’est l’ESS et pourquoi elle devient de plus en plus pertinente dans le monde qui se dessine.

Et en quoi, dans un environnement post formation initiale, où les « bifurqueurs » et « bifurqueuses », ceux qui souhaitent se réorienter sont de plus en plus nombreux et nombreuses, l’ESS offre des débouchés multiples.

Par ailleurs, faire comprendre les fondamentaux de l’ESS, (mais aussi de sa « cousine » l’économie circulaire), dans un environnement où les ressources se raréfient, nous semble essentiel pour préparer l’avenir.

Outre les « bifurqueurs », de plus en plus de jeunes diplômés cherchent à donner du sens à leur action dans le cadre professionnel. Ils ne sont plus uniquement, ni aussi massivement, motivés par la recherche de l’enrichissement personnel. Ils demandent du partage, de la convivialité, plus d’égalité. Ils sont plus attachés au métier qu’ils exercent qu’à la réussite, surtout si celle-ci s’opère au détriment des autres et de l’environnement.

La notion de concurrence s’efface au profit de logiques de coopération et d’intérêt général. Ce mouvement est encore balbutiant. Nous devons l’accompagner pour qu’il se développe massivement.

Qu’en est-il de la condition animale ?

Les animaux sont des êtres sensibles constitués de chair et d’os, comme nous. Certes, ils ne sont pas dotés du verbe mais cela ne justifie pas de les considérer comme des choses.

Ils éprouvent des sentiments, ressentent la douleur et le plaisir. Ils vivent à nos côtés depuis la nuit des temps en nous apportant d’énormes services. En ville, ils forment un lien indispensable avec la nature.

Leur compagnie est très utile à certaines personnes et leur bien-être est indissociable du nôtre. Être attentif à leur condition de vie est donc un devoir.

Personnellement, je suis convaincu que lorsqu’on traite avec respect les animaux et qu’on leur reconnaît le droit de vivre leur propre vie, pour eux-mêmes, c’est toute la société qui va mieux.

Car lorsqu’on a compris cela, ce sont les notions d’altérité, d’empathie, de biens communs qui prennent sens.

Quels sont selon vous les grands enjeux de l’ESS ?

Pour les structures de l’ESS, l’enjeu demeure le même : démontrer que l’on peut entreprendre et réussir sans avoir pour unique objectif la finalité lucrative.

Le sens de l’action, le métier, la coopération entre les acteurs est un facteur plus essentiel à la réussite et à la pérennité d’une entreprise que la recherche du gain financier à tout prix. Entreprendre sans profit, ce n’est pas une utopie, cela existe.

Mais cela suppose néanmoins que les entrepreneurs qui font ce pari ne soient pas soumis aux mêmes règles (ou justement à l’absence de règles) que les entrepreneurs qui s’inscrivent dans le cadre de l’économie de marché dérégulée.

Ils doivent être aidés et accompagnés au nom du fait, qu’à travers leur activité de production ou de service, ils privilégient l’intérêt général et non pas l’enrichissement personnel.

Quels grands projets portez-vous ?

Je ne porte pas de grands projets à titre personnel. Les deux parcs canins que nous avons créés dans Paris Centre et la fermeture du marché aux oiseaux ont abouti parce qu’ils ont été menés en commun : avec les autres adjoints concernés, les services de la ville et les citoyennes et citoyens.

D’une façon générale, j’accompagne les grands projets de transformation de Paris Centre pour une ville apaisée et solidaire, moins polluée par la circulation automobile, dans laquelle le végétal a toute sa place et qui prend soin de son patrimoine.

Un centre-ville avec des commerces, des écoles et des vrais habitants, c’est à dire avec un nombre de locations saisonnières réduit afin de rester authentique et vivant.

Une ville où le droit d’expression démocratique passe par des conseils de quartier et donc des habitants actifs, écoutés et attentifs.

Une ville exemplaire enfin en termes de solidarité par la production de logements sociaux et en termes environnementaux avec la possibilité de trier et revaloriser ses déchets (ressourceries, trilab, quartier zéro déchets…).

Et bien sûr une ville dans laquelle chacune et chacun ait sa place quels que soient son origine et son degré de fortune. Cela embrasse toute une série de domaines très larges : du PLU bioclimatique, en passant par le Plan climat ou l’organisation de la nuit de solidarité, etc.