« L’espace public doit être le plus accueillant et sécurisé possible. Nous sommes mobilisés pour que l’espace public soit la prolongation de l’espace privé, où tout un chacun peut s’épanouir, se déplacer en sécurité. »
Vous êtes en charge de la voirie, des mobilités et de la gestion des chantiers. Pouvez-vous nous en dire davantage sur les actions et projets que vous portez ?
Ma délégation concerne la gestion et l’aménagement de l’espace public. Il y a ainsi un premier axe qui vise à accompagner les services et à définir leurs priorités pour l’entretien de la voirie, et un deuxième qui concerne plutôt les investissements dédiés aux projets d’aménagement de l’espace public.
Quelles sont les spécificités de Paris Centre sur ces sujets ?
L’une des grandes spécificités de Paris Centre est évidemment d’être un quartier très patrimonial, qui abrite notamment beaucoup de rues étroites, voire de ruelles, à l’image des quartiers du Sentier ou du Marais pour ne citer qu’eux, et moins de rues larges, quoi que nous n’en soyons pas dépourvus totalement.
Cela signifie que nous sommes par exemple limités sur certaines initiatives notamment pour la plantation d’arbres. Cela nous pousse donc à être inventifs pour dépasser les contraintes. Nous avons parallèlement un atout pour nos politiques de réaménagement de l’espace public : la très faible motorisation des habitants.
Ainsi, seul un quart des habitants de Paris Centre possède une voiture, ce qui rend plus acceptable qu’ailleurs les projets de piétonnisation ou de réallocation de l’espace alloué au stationnement. La majorité de nos habitants privilégient les déplacements à pied, à vélo et en transports en commun, dont nous disposons d’un maillage exceptionnel, et notamment la gare souterraine la plus fréquentée d’Europe avec Chatelet les Halles.
En quoi êtes-vous un acteur fort de l’aménagement durable du territoire ?
Nous sommes mobilisés autour de tout ce qui favorise une mobilité décarbonée, en donnant la priorité à la marche ou au vélo plutôt que les déplacements en voiture individuelle.
Nous savons être innovants, sans avoir besoin de miser sur de hautes technologies, mais sur les façons de concevoir l’espace public. Ainsi, lorsque nous portons des projets, nous les pensons avec le prisme du genre ou de l’âge, pour que les femmes, les personnes âgées ou les enfants trouvent leur place sur l’espace public.
Nombre d’appartements de notre secteur ne sont pas très grands, ce qui implique que l’espace public soit le plus accueillant et sécurisé possible pour les habitants qui manquent souvent d’une pièce chez eux, surtout quand ils ont des enfants.
Nous sommes ainsi mobilisés pour que l’espace public soit la prolongation de l’espace privé, où tout un chacun peut s’épanouir, se déplacer en sécurité. Cela passe par la piétonnisation des abords des écoles par exemple, et le renforcement de la sécurité routière par la baisse du volume de trafic dans le cœur des quartiers.
Quelles initiatives avez-vous portées ?
Il est une initiative qui n’est plus d’actualité mais qui est représentative de nos démarches et façon de travailler. Lorsque les trottinettes électriques étaient encore disponibles en libre-service à Paris, avant la votation citoyenne qui y a mis fin en 2023, nous avions mis en place un système de bridage automatique des vitesses dans les zones piétonnes, en fonction de la localisation GPS des engins, ce qui a donné des résultats très positifs pour réduire le sentiment d’insécurité routière des piétons dans ces secteurs.
Toujours sur cet enjeu de sécurité routière, et avec la contrainte des rues étroites dans lesquelles nous ne pouvons pas agrandir les trottoirs ou aménager des pistes cyclables sécurisées, nous avons opté pour des mesures simples et efficaces permettant de réduire les flux et les vitesses, en modifiant largement le plan de circulation du Marais.
Là où vous aviez par exemple une ligne droite traversant tout le quartier d’une traite, et donc recommandée par les GPS, nous avons créé une rupture avec un sens interdit bien placé, modifié le sens de certaines rues, ajouté des voies réservées aux bus et taxis.
Les résultats sont assez spectaculaires, avec une réduction par 2 voire 4 du volume de trafic dans certaines rues et une augmentation de la vitesse de circulation des bus.
Réduire la circulation, c’est ainsi à la fois agir évidemment sur la pollution, le bruit mais aussi sur la sécurité des usagers sur l’espace public.
Nous étions ainsi déjà très engagés sur les problématiques de sécurité routière, quand la mort dramatique de Paul Varry est intervenue l’année passée, volontairement fauché par un véhicule à Paris.
Nous le connaissions très bien puisqu’il habitait Paris Centre et était le représentant de l’association « Paris en Selle » auprès de nous, à Paris Centre. La colère et la peine que nous ressentons encore renforce notre détermination à transformer l’espace public, aussi pour rendre hommage à son engagement. La piste cyclable rue Réaumur porte désormais son nom.
En synthèse, l’objectif majeur de ma délégation, comme pour celles de mes collègues sur leurs thématiques respectives, est d’améliorer autant que possible la qualité de vie des habitants, en rendant l’espace public toujours plus accueillant, accessible, sécurisé dans Paris Centre.
Quels gros chantiers sont en cours à Paris Centre ?
Autour de Notre Dame, nous conduisons un projet emblématique (environ 50 millions d’euros) pour magnifier les abords de la cathédrale réouverte au public.
Nous sommes contraints par la libération des emprises liées au chantier sur l’édifice lui-même, et pourrons donc aménager progressivement les 4 côtés, en commençant dès cette année par la façade nord. Au global, plusieurs centaines d’arbres seront plantés et de vastes espaces piétons sont aménagés.
Sur un tout autre sujet, Paris Centre accueille depuis peu aussi en son cœur un lieu de mémoire en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015 : le jardin mémoriel de la place Saint-Gervais.
Il sera inauguré pour commémorer les 10 années passées depuis cet évènement terrible qui a profondément marqué Paris et ses habitants.
Avec les associations représentant les victimes de ces attentats, nous l’avons toutes et tous voulu comme un site de recueillement et de commémoration, mais aussi au quotidien comme un jardin de quartier, un lieu de vie dans lequel on pourra entendre des rires d’enfants. Cette joie de vivre parisienne que visaient justement les terroristes islamistes, nous la réaffirmons ici.
Parmi tous ces projets et initiatives, quels sont ceux qui sont portés par Paris Centre et par la mairie centrale ?
Les mairies d’arrondissement ont un rôle important afin de décliner sur le terrain les orientations décidées par la Ville de Paris. Même si elles n’ont pas de compétences en propre en termes d’aménagement, nous nous intégrons pleinement dans le cadre de travail proposé par la Ville de Paris, avec laquelle les synergies fonctionnent bien.
Nous pilotons les projets locaux au plus près du terrain et rendons un avis éclairé sur les projets parisiens qui concernent nos arrondissements. Sur les grandes démarches comme le plan vélo, par exemple, qui ne s’arrête pas aux frontières d’un arrondissement, nous sommes pleinement associés également aux choix des rues à aménager et à la conception des projets pour ceux qui nous concernent.
En pratique, nous menons à Paris Centre des concertations, débats, échanges avec les habitants et usagers sur chaque projet, qui conduisent souvent à un relatif consensus, ou en tous cas à une idée claire des avantages et inconvénients de chaque option, qu’il nous revient de trancher conjointement avec la Ville de Paris. Nous allons dans la même direction ensemble.





