Éco-responsabilité & préservation de l’environnement : des engagements et des actes

Entretien avec

Corine FAUGERON, Conseillère de Paris, déléguée de Paris Centre en charge des espaces verts et de la biodiversité.

« L’évolution la plus importante est dans le changement de regard sur la nature, qui n’est plus un simple décor mais un partenaire avec qui il faut travailler. »

En quoi peut-on dire que Paris-Centre est un secteur éco-responsable ?

L’éco responsabilité à Paris Centre, 1er secteur de Paris regroupant les 4 premiers arrondissements, est un travail au long cours, qui n’a de cesse de se poursuivre. Nous avons ainsi d’ores et déjà obtenu la fin du plastique à usage unique dans les cantines scolaires. En outre, grâce à l’action des élus écologistes, nous n’avons plus depuis longtemps, d’eau en bouteille mais en carafe, lors de nos réunions au sein des mairies.

Nous devons parallèlement aller toujours plus loin dans l’éco-responsabilité et continuer par exemple le plaidoyer pour obtenir que les buffets de la mairie et les plateaux repas servis aux équipes tenant les bureaux de vote lors des élections ne proposent que des produits issus de l’agriculture biologique.

Depuis peu, nous avons obtenu une option plateau végétarien tandis que dans les écoles deux repas végétariens hebdomadaires sont intégrés aux menus. Si les éclairages pour les fêtes de fin d’année sont aujourd’hui en led, ils ne respectent pas encore les temps d’obscurité nécessaires à la nature. Il nous reste aussi à diminuer le nombre de sapins coupés installés durant cette période dans les rues et devant les mairies.

Les avancées sont cependant bien présentes.

Quelle est la place des espaces verts et de la biodiversité sur ce territoire ?

Depuis 2008 la Ville de Paris est une ville zéro phyto. Tous nos jardins bénéficient du label jardin écologique. La gestion y est différenciée. Tonte et taille y sont modérées et peu fréquentes sauf pour des raisons sanitaires ou de sécurité publique.

Concernant l’espace public, sa végétalisation dans le 4ème a beaucoup progressé depuis 2001, du fait de l’action des élues écologistes. Nous y avons inauguré au début de cette mandature plusieurs trame vertes, la plus réussie étant celle du boulevard Bourdon côtoyé d’un côté par le canal Saint Martin et de l’autre par une piste cyclable.

Elle rejoint à la Bastille celle du boulevard Henri IV qui retrouve à Sully Morland une autre trame verte, rue de Sully, qui longe en partie le nouveau jardin du Père Teilhard de Chardin. Nous avons inauguré en outre la plantation de 30 arbres sur le quai aux fleurs.

Dans le 3ème, durant la précédente mandature, des arbres ont été plantés rue de Bretagne.

On citera aussi la trame verte rue de Picardie et l’espace végétalisé en face de Saint Nicolas des Champs. Dans les 1er et 2ème, le travail d’identification des lieux potentiels à végétaliser est en cours avec une première réalisation rue de Richelieu devant la fontaine Molière où viennent d’être plantés des amélanchiers.

Côté Jardin, le 1er est riche de trois grands : Les Tuileries, le Palais Royal et Nelson Mandela. Seul, ce dernier est municipal. Le territoire accueille aussi 2 squares, sur l’ile de la Cité.

Le 2ème arrondissement est, quant à lui, après son voisin le 9ème, le moins vert. Il possède 2 petits squares auxquels vient de s’adjoindre un nouveau jardin créé par Gilles Clément dans l’enceinte de la Bibliothèque Nationale et qui en échange de son entretien par les services de la Ville est ouvert au public.

Concernant le 3ème arrondissement, le square du Temple Elie Wiesel dessiné par Alphand est incontestablement sa pièce maitresse en termes d’espaces verts avec une mare et une cascade miniature.

Ce très beau lieu qui possède un refuge de biodiversité malgré sa très grande fréquentation est en passe de devenir un refuge LPO (ligue de protection des oiseaux). Chaque année, il accueille une colonie de martinets.

On y trouve un geai et un martin pêcheur, on peut y voir un héron mais aussi des canards et des poules d’eau, tandis qu’un troglodyte mignon s’y cache.

Le square Emile Chautemps également dessiné par Alphand est doté de deux grands bassins, qui visent sans doute à compenser l’absence d’eau dans ce centre de Paris très minéral.

Les jardiniers de la ville entretiennent également 5 squares de plus petite taille dans le 3eme, tandis que les Archives Nationales ouvrent au public leur très grand jardin.

Le 4ème décline, quant à lui, 3 grands jardins : Place des Vosges, Tour Saint Jacques et un nouveau né quai de l’Hôtel de ville, qui réunit le square Schweitzer, des espaces de la Cité internationale des Arts et le jardin de l’Hôtel d’Aumont qui abrite le tribunal administratif. Il y a également 12 squares dont 3 sont des créations récentes :

le square Marie Trintignant sur le quai des Célestins reconnu comme le plus écologique par une étude du Muséum, le jardin des Rosiers Joseph Migneret entre les rues des francs Bourgeois et des Rosiers et le jardin du Père Teilhard de Chardin, qui doit sa création d’un vœu du Conseil de quartier Arsenal.

La végétalisation du 4ème, est toujours en cours. Très prochainement, sera inauguré place Saint Gervais en face de l’Hôtel de Ville, le jardin mémoriel dédié aux victimes des attentats de 2015, autre œuvre de Gilles Clément dans le Centre.

Sur la face ouest de l’Hôtel de Ville, une forêt urbaine a été créée et inaugurée au mois de juin 2025.

Toujours dans le 4ème, les travaux sont aussi lancés pour refaire les abords de Notre Dame.

Le premier secteur a également 7 jardins partagés 2 dans le 2e, 3 dans le 3e et 2 dans le 4e. C’est dans ceux du 4e que sont nés les premiers composts de quartier.

Quelles initiatives portez-vous sur ces sujets ?

Les mobilisations et champs d’action sont nombreux. Il s’agit ainsi en amont de repérer les espaces potentiellement végétalisables dans les 1er, 2ème et 3ème arrondissements.

Nous devons de fait contribuer à fournir les 300 hectars, que nous avons inscrits dans le PLU bioclimatique pour que chaque habitant puisse disposer de 10m2 d’espaces verts en proximité.

Il s’agit aussi d’identifier les aménagements et les actions nécessaires à la préservation de la Seine, le corridor écologique de Paris.

En parallèle, nous nous devons de reprendre les idées avancées au théâtre de la Concorde l’année dernière afin de réactiver la demande d’une personnalité juridique pour la Seine mais aussi d’obtenir les conclusions de l’étude Armaguedon commandée en 2021 au Muséum National d’Histoire Naturelle sur la meilleure façon de gérer les rats ? nous devons en outre lancer le groupe de travail obtenu en 2023 au Conseil de Paris.

Concernant le versent animal, il incombe de relancer la réflexion sur la gestion des pigeons et de l’ensemble des animaux liminaires ni animal sauvage, ni animal domestique mais vivant en liberté dans l’espace urbain à proximité des humains.

Moineaux, cygnes, canards, fouines et lapins, en s’appuyant sur la campagne publicitaire de la Ville dédiés aux nouveaux voisins les animaux.

À mon initiative avec la Commission du Vieux Paris dont je suis membre, a été créé un groupe de travail avec l’Agence Parisienne du Climat pour voir comment concilier patrimoine, climat et biodiversité, 1er exemple d’un véritable travail transversal.

Il est essentiel dans ces actions, de mener un véritable travail pédagogique. Il nous faut ainsi expliquer pourquoi nous avons besoin de tous ces animaux, qui du plus petit, parfois invisibles au plus grand, assurent le bon équilibre de notre écosystème, la qualité de la terre, tout autant que de notre alimentation.

Comment faites-vous raisonner la voix de Paris-Centre au Conseil de Paris ?

Cela n’est pas toujours simple mais heureusement la nature nous aide, hélas souvent dans des circonstances parfois terribles.

Il en est ainsi d’une tempête spectaculaire ou d’une canicule exceptionnelle, qui viennent nous donner raison et contribuent à faire changer les votes de nos collègues.

De fait, il est un gros travail pédagogique et de sensibilisation à mener au quotidien auprès de nos collègues, d’un certain nombre de services à qui il faut faire comprendre que toutes nos actions ont des conséquences qui touchent les habitantes, les habitants et occupants temporaires de façon directe ou indirecte et que la situation est en perpétuelle mutation, ce qui fait que la solution mise en place à un instant T n’est pas forcément la bonne à l’instant T+1. Le travail est colossal mais pas impossible.

Quelles sont les évolutions ?

L’évolution la plus importante est dans le changement de regard sur la nature, qui n’est plus un simple décor mais un partenaire avec qui il faut travailler.

La bataille n’est pas totalement gagnée mais l’adoption du nouveau PLU Bioclimatique avec ses corollaires, plans biodiversité et climat nous dote d’outils efficaces pour construire une ville adaptée au changement. Il nous reste à doter ces deux plans d’un pouvoir réglementaire.