Désireuse de conjuguer développement territorial, transition écologique et qualité de vie, l’agglomération Évreux Portes de Normandie engage depuis plusieurs années une profonde réflexion sur ses modèles d’aménagement. Une volonté qui se traduit, dans les faits, par un effort collectif pour repenser la manière dont le territoire se développe.
Quels sont les principaux défis auxquels l’agglomération doit faire face en matière de développement urbain et de transition écologique ?
L’un de nos principaux enjeux est l’aménagement du territoire. À l’échelle de l’agglomération, j’ai consacré beaucoup de temps à l’élaboration du Plan local d’urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l’habitat et de plan de déplacements urbains — le PLUi-H-D.
Ce document structurant intègre à la fois les volets habitat, mobilité et urbanisme, et constitue le socle de notre action en matière d’aménagement. Une fois ce document adopté, notre objectif a été de le faire vivre : nous y avons apporté régulièrement des modifications ou révisions simplifiées, à la fois pour suivre l’évolution du cadre réglementaire et pour mieux répondre aux attentes des élus.
C’est un document fondamental, car il encadre les règles d’urbanisme de chacune des communes. La méthode employée pour son élaboration a été essentielle : nous avons mis un point d’honneur à favoriser la concertation, notamment avec des réunions plénières, parfois dans un format plus détendu, pour permettre à chacun de s’exprimer librement sur les évolutions proposées.
Sur le plan écologique, nous avons également élaboré un Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET). Contrairement au PLUi-H-D, ce document a eu un peu moins de succès auprès des élus en termes de mobilisation, mais nous nous efforçons de le faire vivre.
Il constitue une référence transversale, qui inspire et oriente plusieurs de nos politiques, même en dehors de ma délégation : transports, déchets, habitat, etc…
Nous travaillons actuellement à revisiter l’ensemble des fiches actions de ce plan pour s’assurer de leur mise en œuvre concrète et voir comment les renforcer. L’idée est que ce document ne reste pas théorique, mais débouche sur des actions concrètes, en lien direct avec le territoire.
Nous avons également mis en place un groupe d’éco-élus, composé d’une trentaine d’élus particulièrement sensibilisés aux enjeux de développement durable. Ce groupe bénéficie de formations, de visites de terrain, et a vocation à devenir une force de proposition.
Comment concilier urbanisation, attractivité économique et préservation du cadre de vie des habitants ?
Parmi les grands projets structurants, on peut citer la création d’une zone d’aménagement à vocation économique située le long de la RN 803. Il s’agit d’un projet majeur — près de 60 hectares — qui a nécessité des arbitrages : implanter une telle zone implique aussi de limiter les possibilités d’aménagement économique ailleurs sur le territoire.
Ce projet a suscité des oppositions, notamment en lien avec son implantation, mais il nous semble stratégique pour les années à venir. L’objectif est d’en faire une zone exemplaire en matière de transition écologique, en intégrant des infrastructures telles qu’un réseau de chaleur urbain, la production d’énergie renouvelable, ou encore la préservation de la biodiversité au sein même de la zone.
D’autres projets de zones d’aménagement à vocation d’habitat ont également été conduits, notamment en centre-ville d’Évreux, autour de l’ancien hôpital Jacques-Saint-Louis, ou encore à Cambolle. Ces projets nécessitent un suivi régulier, des délibérations fréquentes, et font pleinement partie de mon action quotidienne.
Je suis convaincu qu’il nous faut repenser notre manière de construire et d’aménager. Le modèle du lotissement pavillonnaire, tel qu’il s’est développé dans les zones périurbaines ou les bourgs ruraux ces cinquante dernières années, me paraît aujourd’hui obsolète et très consommateur d’espace.
Il ne s’agit pas de remettre en cause l’aspiration légitime des Français à disposer d’un logement individuel, mais de changer notre manière de faire, d’aborder l’urbanisme de manière plus cohérente avec l’histoire et les spécificités de chaque commune.
Et surtout, de sortir de cette logique où la création d’un lotissement devient l’unique réponse pour sauver une classe ou un équipement. La loi sur le zéro artificialisation nette (ZAN) nous pousse dans cette direction.
Elle nous oblige à réinterroger nos pratiques, à encourager la densification douce et la réhabilitation, plutôt que l’extension. Et je trouve que c’est une bonne chose.
L’étalement urbain est un enjeu majeur pour de nombreuses villes. Comment Évreux gère-t-elle cette problématique ?
L’étalement urbain est un enjeu réel pour notre agglomération. Certaines petites communes ont connu une croissance importante, grignotant petit à petit des terres agricoles.
Cela s’est fait longtemps sans réelle régulation. Parallèlement, on observe une perte d’habitants à Évreux, au profit des communes voisines.
Cela traduit un modèle de développement où l’on quitte la ville pour un pavillon en périphérie, mais ce n’est pas nécessairement une bonne chose en termes d’aménagement durable. Lorsque nous avons élaboré le PLUi, nous avons constaté que certains documents communaux prévoyaient des extensions urbaines massives.
Nous avons donc rendu à l’agriculture plusieurs centaines d’hectares, afin de recentrer les projets. Aujourd’hui, avec la ZAN, cette démarche s’intensifie, et je trouve que les maires sont de plus en plus réceptifs, voire coopératifs. Ce dialogue, même s’il n’est pas toujours simple, se fait dans un esprit constructif.
Quelles actions sont menées pour améliorer la qualité de vie dans les quartiers en matière d’espaces publics, de mobilités et de services ?
Dans le cadre de la mise en œuvre de nos politiques d’aménagement, nous avons récemment organisé des ateliers de travail à destination des maires des communes de l’agglomération.
Ces temps d’échange ont rassemblé une large majorité des communes — à l’exception d’une dizaine — et ont permis d’aborder plusieurs thématiques majeures, toutes liées à la transformation et à la durabilité de notre territoire.
L’un des sujets centraux de ces ateliers était le zéro artificialisation nette, enjeu structurant pour l’avenir de l’aménagement local. Nous avons également travaillé avec les élus sur la définition des zones d’accélération pour les énergies renouvelables, afin d’identifier collectivement les espaces où le développement de ces filières pourrait être encouragé.
Enfin, une autre thématique abordée portait sur l’intégration de la trame verte, bleue et noire dans les documents d’urbanisme, avec pour objectif de mieux articuler développement urbain et préservation des continuités écologiques.
Ce travail s’est appuyé sur une méthode participative, pensée pour favoriser les échanges directs entre élus et services de l’agglomération.
Chaque commune a pu bénéficier d’un accompagnement individualisé, notamment à travers des supports cartographiques adaptés à ses spécificités territoriales. L’implication des services a été précieuse, avec une forte mobilisation en amont pour préparer ces rencontres et en assurer la qualité.
Ce type de démarche, très concrète, permet de sortir des logiques descendantes. Elle crée de véritables dynamiques locales, en favorisant la co-construction et la montée en compétences des élus sur des sujets parfois complexes mais absolument essentiels à la transition écologique et à la cohérence de notre développement territorial.





