Ici résonnent les valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité

Entretien avec

Luc FERRY, Conseiller d’arrondissement, délégué de Paris Centre en charge de la qualité des services publics, de l’occupation temporaire des bâtiments et des finances

« Mes priorités sont celles de l’équipe municipale, qui avance en synergie et avec nos sensibilités politiques, pour que Paris Centre relève les paris de l’égalité des chances pour toutes et tous, qui passe par un maillage exhaustif du service public à même de répondre aux besoins de nos concitoyennes et concitoyens, qui évoluent en continu, et auxquelles nous devons nous adapter. »

Vous êtes Conseiller d’arrondissement, délégué de Paris Centre en charge de la qualité des services publics, de l’occupation temporaire des bâtiments et des finances. Pouvez-vous nous exposer vos champs d’action ?

En préalable, il est important de rappeler qu’il faut distinguer les compétences et missions de la mairie de Paris Centre de celles de la Ville de Paris. En effet, indépendamment des liens ténus qu’elles entretiennent en continu et au quotidien, les attributions sont différentes.

Ainsi, les missions de la mairie de Paris Centre, cultivent les relations étroites avec nos habitants. Il s’agit d’être à leur écoute, au plus près de leurs besoins et attentes, à l’image de la préservation et du développement de la qualité des services publics locaux, sur lesquels je suis mobilisé afin d’améliorer leur vie quotidienne, et en tout état de cause de leur apporter une égalité d’accès aux services en lien avec l’offre républicaine à laquelle ils ont droit.

Il est ainsi une double échelle d’action. La Ville de Paris porte une fonction administrative, qui délègue des moyens centralisés aux mairies d’arrondissement, ce qui permet de s’adapter aux problématiques de chaque quartier, et de travailler en proximité et en harmonie avec les initiatives locales.

Ainsi, lorsque l’on évoque les finances, à l’échelle du quartier, je dois dire que nous avons peu de latitude sur les dotations attribuées par l’Hôtel de Ville : sans entrer dans les détails ces dotations servent à financer le fonctionnement des services de la mairie de Paris Centre et des équipements qui sont sous sa responsabilité directe.

Nous avons plus de possibilité d’allocation sur la dotation d’animation locale, qui porte clairement son nom, mais qui ne représente en valeur qu’une petite partie des dotations globale. Néanmoins, nous avons des échanges importants, voire des négociations avec la mairie de Paris quant au budget, ce dernier restant globalement stable.

En revanche les gros enjeux de cette mandature ont été d’une part la consolidation des « Etats Spéciaux d’Arrondissement » des quatre arrondissements qui composent administrativement Paris Centre depuis 2020, et d’autre part une meilleure utilisation des crédits qui nous sont alloués.

Concernant enfin l’occupation temporaire des bâtiments, nous sommes clairement au cœur de ce qu’offre une politique locale en termes de connaissance à la fois du terrain, des besoins tout autant que de l’âme et l’identité de ce Paris Centre, qui nous est cher.

Précisément, pouvez-vous nous exposer les tenants et les aboutissants de l’occupation temporaire des bâtiments ?

À Paris, comme dans de nombreuses autres grandes métropoles ou villes, le foncier est rare et précieux. Il arrive fréquemment que certaines surfaces restent inoccupées, le temps que les propriétaires élaborent leur projet, obtiennent toutes les autorisations administratives nécessaires à la réalisation de leur projet. Cela peut ainsi durer des mois voire des années. L’occupation temporaire des bâtiments vient s’insérer dans cet espace-temps, à proprement parler, pour mettre en place des projets à vocation sociale et solidaire dans ces surfaces désaffectées.

Ces projets entrent dans le champ de ce qu’on appelle des « tiers-lieux » qui sont de véritables écosystèmes à destinations d’activités sociétales responsables et riches de sens dans un contexte de pénurie de surface foncière. Ces lieux peuvent aussi bien accueillir des associations, des hébergements d’urgence, des artisans, des artistes, des acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire…

Je précise que la mairie de Paris Centre ne gère pas ces lieux mais intervient plus comme facilitateur en lien avec les propriétaires et les acteurs du secteur. Ces acteurs, souvent sous forme d’association ou de coopératives, sont spécialisés dans la mise en place et la gestion de ces tiers lieux. Parmi eux nous pouvons citer Yes We Camp, Caracol, Plateau Urbain et Aurore.

Nous les avons rencontrés dès le début de la mandature et ce sont de véritables professionnels avec lesquels la compréhension est totale et tend vers un objectif commun au bénéfice de notre collectivité. Tout ceci se fait bien sûr avec l’accord des propriétaires, dont certains désormais sont demandeurs de ces projets d’occupation transitoire et, évidemment, cette démarche ne se fait pas n’importe comment mais est très encadrée, avec notamment l’existence d’une charte, qui a rendu légale l’occupation temporaire des locaux vides par différents acteurs de la société civile dans le cadre de projets solidaires et collectifs.

Paris Centre a montré dès le début de la mandature un intérêt fort pour ces projets d’occupation temporaire que nous favorisons dès qu’ils se présentent et que nous encourageons même ! Tous ne sont bien sûr pas de l’ampleur des « Grands Voisins » dans le 14e arrondissement.

Notre territoire a ainsi vu des petits projets comme l’insertion de logements pour réfugiés dans des immeubles d’habitation, l’occupation de locaux à destination d’artistes ou d’associations favorisant l’entreprenariat des femmes.

Par la perméabilité de cet écosystème, nous nous sommes aperçus qu’il participait pleinement à la vie du quartier, devenant lieu de rencontres, d’échanges, de convivialité pour les habitants, s’intégrant à la dynamique à laquelle aspire notre équipe municipale pour Paris Centre et celles et ceux qui y vivent, lieu solidaire, inclusif, ouvert sur l’autre.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre de partenariats intelligents, loin de tout conflits et dans lesquels toutes les parties prenantes s’accordent autour d’une économie qui repose sur un système vertueux et solidaire.

J’ajoute qu’il n’est pas rare que le projet transitoire ait une influence sur le projet pérenne.

Paris Centre a eu également son « Grand-Projet » d’occupation transitoire sur le même modèle. A la faveur du déménagement du siège de l’APHP, avenue Victoria, s’est implanté le projet « Arches Citoyennes » que nous avons inauguré en octobre 2023.

Un ensemble immobilier de 3 hectares, qui a été occupé par environ 450 structures sur les 1 000 ayant répondu à l’appel à projet.

Précisément, en quoi ces aspirations se retrouvent-elles dans votre engagement autour de services publics de qualité ?

Les services publics s’exercent à plusieurs niveaux : local, régional et national. Nous pouvons également distinguer deux champs d’implication de la mairie de Paris Centre sur ce sujet. En premier lieu, la qualité des services publics s’opère au niveau de la Mairie elle-même.

Politiquement parlant, je suis parti du postulat qu’un service public de qualité est rendu par des agents œuvrant dans un environnement favorable et satisfaisant pour eux. Améliorer les conditions de délivrance du service public contribue à sa qualité au bénéfice de nos concitoyennes et de nos concitoyens. C’est ce que nous pourrions appeler un gagnant-gagnant. À la suite de la fusion des quatre arrondissements centraux, la nouvelle entité administrative Paris-Centre a dû repasser la qualification « QualiParis » que chaque arrondissement avait séparément. Nous en avons profité pour inclure le volet environnemental et développement durable. Nous l’avons évidemment obtenu quoi qu’il ait été l’année passée remplacé par une nouvelle démarche qualité « Vous Simplifier Paris », qui correspond peu ou prou à la politique volontariste que nous menons en la matière.

Parmi les points sensibles, nous avons ainsi travaillé sur la gestion des files d’attente source de tension que ce soit pour les agents ou pour les usagers. Il a fallu également nous concentrer sur l’accueil des publics et leur orientation à l’intérieur des services de notre mairie. Le deuxième champ d’application du Service Public concerne des prérogatives nationales ou régionales, à savoir les domaines des mobilités, de La Poste, de la sécurité et de la santé. Je voudrais faire un focus sur deux de ces domaines, la Poste et la Santé. Concernant le groupe La Poste, je dois dire que nous menons un partenariat exemplaire. Partant du constat qu’un bon service public est un service accessible à toutes et tous, où qu’il vive, quel qu’il soit, nous accordons une vigilance particulière au maillage territorial du service postal : Il doit être efficient et autoriser une véritable égalité de nos concitoyennes et concitoyens en termes d’accès.

Nous rencontrons régulièrement les responsables de La Poste pour évoquer notamment ce maillage et veillons à ce que la distance moyenne entre ses différentes implantations permette un accès facile à ses services. Ainsi, avec la Poste, lorsque la fermeture d’un bureau est inévitable, nous trouvons toujours de concert une situation ad hoc afin de ne pas nous retrouver avec des quartiers où elle a déserté. Bien que notre entente avec La Poste soit fluide et constructive, nous avons nos points de friction ! Principalement sur le développement des « Points Relais Postaux », en clair, la délivrance de ce service public au sein de commerces. Nous exerçons notre vigilance sur l’encadrement strictes de ces partenariats et le contrôle que fait La Poste sur la qualité du service rendu par ces délégataires. En parallèle, nous recherchons des alternatives en orientant l’implantation de ces points relais au sein de commerces de l’Economie Sociale et Solidaire.

Nous conjuguons ainsi, le rendu du service public avec la promotion de ces acteurs vertueux de notre économie. Évidemment cette problématique de désertification des services publics est un sujet contre lequel nous luttons inlassablement. Et c’est malheureusement le cas aussi concernant l’accès aux soins. En effet, alors que Paris manque de Centre de Santé municipaux, nous observons que dans le secteur privé, des centres médicaux sont rachetés par des « chaines de centre » plus attachées à la rentabilité qu’à une offre répondant aux besoins de nos concitoyennes et de nos concitoyens. En conséquence nous constatons un effritement de l’offre de santé de secteur 1 et la disparition de certaines spécialités médicales. A titre d’exemple, nous luttons actuellement contre la fermeture du seul centre de radiologie secteur 1 qui subsiste, alors que l’on sait l’importance de ce domaine dans la prévention et le diagnostic précoce. Je ne peux pas aborder la question de l’offre de soin à Paris-Centre sans évoquer la situation de l’Hôtel-Dieu.

L’APHP a entrepris une restructuration et une rénovation de cet hôpital que nous saluons. En revanche, ce projet de rénovation devait s’accompagner de la cession à des intérêts privés de près de la moitié de la surface de l’Hôtel-Dieu et ceci pour y installer des commerces et des sociétés. L’appel à projet a été remporté par Novaxia en 2019. Le bâtiment étant classé en zone Urbaine de Grands Services Urbains (ie intérêt collectif), cette cession ne pouvait aboutir sans une réforme du PLU ayant pour but de déclasser cette partie de l’Hôtel-Dieu en zone « Urbaine Générale ». Le groupe Communiste a porté son opposition à ce déclassement lors de la grande réforme du PLU parisien adoptée par le Conseil de Paris en 2023. Nous avons réussi à faire échec au déclassement. Loin d’une opposition dogmatique, nous avons fait valoir la dégradation de l’offre de soin dans la Capitale- et en France- dans un contexte post-covid où ont été reconnues les difficultés de notre système de santé. Ces difficultés perdurent, pourtant les promoteurs de ce projet tentent une nouvelle approche pour parvenir au déclassement de cette partie de l’Hôtel-Dieu. Le groupe Communiste est bien sûr déjà mobilisé contre cette nouvelle tentative.

Quelles sont aujourd’hui vos priorités ?

Mes priorités sont celles de l’équipe municipale, qui avance en synergie pour que Paris Centre relève les paris de l’égalité des chances pour toutes et tous, qui passe par un maillage exhaustif à même de répondre aux besoins de nos concitoyennes et concitoyens, qui évoluent en continu, et auxquelles nous devons nous adapter.

Cette égalité des chances est un droit républicain d’accès à des équipements, des services, un environnement durable et de qualité, ce droit commun à l’épanouissement, quelle que soit l’âge, le sexe, la culture, les origines, la situation sociale, dont nous sommes les dépositaires. Paris Centre, loin de toute utopie, porte les valeurs de l’humanisme, qui rassemble tous les membres de notre équipe.

Nous travaillons les uns les autres en synergie, avec nos sensibilités politiques, portant ensemble les grands et petits projets pour que Paris Centre soit ce lieu où résonnent les valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité, qui fondent son identité historique, qui a traversé le temps.

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