Résurrection de Notre-Dame de Paris : la mise en exergue des Compagnons et artisans : l’excellence à la française, Patrimoine Culturel Immatériel de l’UNESCO

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Le 15 avril 2019, Notre-Dame de Paris s’embrasait. Six années plus tard, elle renait de ses cendres. N’est pas un Phénix qui veut. Des dizaines d’artisans d’exception, aux métiers parfois peu connus, venus de la France entière ont ainsi volé au secours de la cathédrale, mettant en lumière ces métiers de l’ombre, parfois transmis de génération en génération, qui fondent l’identité et les talents français. Il est ici toujours aux prémices une histoire d’amour, un savoir-faire, un art du défi et de l’excellence, la naissance d’une vocation, qui souvent a fait le tour de France, comme un rite initiatique, hérité des temps anciens, et qui a franchi les siècles et les siècles pour venir jusqu’à nous.

Pour certains, participer à la restauration de ce symbole national, entre charpente et vitraux, flèche et cloche est une étape dans l’accomplissement d’une vie professionnelle dans laquelle la passion n’est pas un vain mot.

Il n’est point de hasard si la charpente de Notre-Dame a toujours été très réputée chez les Compagnons. Ils sont ainsi venus des quatre coins de France et parfois au-delà pour la faire renaître. Aujourd’hui, l’Emblématique, se dresse à nouveau fièrement au cœur de Paris Centre.

Le mot est jeté : compagnon, compagnonnage. Eux aussi ont traversé les siècles, depuis selon certaines sources le Moyen-Age, tandis que la France en compte aujourd’hui quelques 12 000 compagnons partageant les mêmes idéaux d’excellence et de savoir-faire. Comme l’affirmait Laurent Bastard, ancien directeur du musée du Compagnonnage de Tours auteur de nombreux ouvrages sur le sujet :

« Le compagnon est un ouvrier-artisan qui pratique un métier dit manuel, à savoir qui assure la transformation des matières comme le bois, le métal, la pierre, le cuir, les aliments… pour occuper des métiers aussi variés que charpentier, menuisier, couvreur, forgeron, chaudronnier, tailleur de pierre, maçon, cuisinier… »

Ainsi, le compagnon est avant tout un immense professionnel, un expert de son art, dont il n’a de cesse d’approfondir la connaissance, la pratique, la technique.

À la source coexistent souvent deux démarches, l’une professionnelle et l’autre morale, toutes deux régies par des valeurs fortes, presque mystiques parfois, allant de pair, qui fondent la quête de l’excellence, de la transcendance, que le voyage quasi initiatique, et que l’apprentissage, étape par étape, forgent de concert.

La formation du compagnon ne saurait se contenter de l’approximation. Elle est l’essence de l’exigence professionnelle.

La tentative de définition du compagnonnage par la fédération compagnonnique – fédération du tour de France éclaire précisément sur les exigences de cette démarche ancestrale :

« Le compagnonnage a pour double but de former des hommes en même temps que des professionnels qualifiés. Il permet à chaque individu l’accomplissement de ses possibilités culturelles et professionnelles, grâce à l’exercice de son métier et à la transmission des savoirs.

Le compagnonnage est un outil de promotion sociale, de formation et d’éducation. Autour du métier et de son apprentissage, il s’agit pour le jeune itinérant de se construire au mieux de ses capacités, pour devenir un bon professionnel et un acteur de la cité, sûr de sa valeur et de ses valeurs.

Le Compagnonnage, dans son principe, est présent en France et en Europe depuis 8 siècles au moins. C’est le prolongement d’une méthode d’enseignement technique et philosophique dont le principe remonte aux origines des métiers.

Les Compagnons qui ont participé à la construction des cathédrales, de la Tour Eiffel, sont aujourd’hui à la pointe des réalisations les plus modernes et participent aux restaurations d’ouvrages prestigieux et aux grands chantiers contemporains. »

Certes, la démarche a quelques peu évolué au fil du temps. Le fameux Tour de France ne se pratique plus comme aux temps anciens, où le compagnon prenait la route, parfois à pieds, pour aller durant près d’une décennie, de maître d’apprentissage en maître d’apprentissage.

Mais le compagnon d’aujourd’hui reste toujours, fidèle aux traditions, se nourrit à la source des savoir-faire qu’il fait siens et façonne avec sa personnalité au gré des rencontres, au fil des villes, départements et régions de France dans lesquels il peut se rendre aisément, les transports modernes aidant facilement accéder d’un territoire à l’autre.

De fait, pendant des siècles, il ne pouvait généralement suivre que les côtes et les fleuves négligeant les terres, ne pénétrant ni la Bretagne, ni la Normandie, ni le Massif Central, lorsqu’il n’en était pas originaire.

Aujourd’hui, il est des compagnons dans chaque territoire de France, mobilisés pour accueillir, les nouveaux venus, non pas novices, car c’est déjà formés qu’ils entament leur périple à travers la France comme le précise la fédération compagnonnique – fédération du tour de France, qui compte 16 centres de formation et un réseau de maisons d’accueil dans l’hexagone :

« Un diplôme de base en poche, le jeune part faire son « tour de France ». Quatre à six ans sont nécessaires, selon les besoins de chacun, avant d’être reçu « compagnon ». Le jeune « itinérant » va d’étape en étape sur le réseau des sièges de la Fédération compagnonnique (hébergement, restauration, salles de cours), au rythme d’une à deux villes par an, en tant que salarié.

Ce voyage permet la découverte des techniques, des matériaux, des méthodes et des moyens de travail, différents d’une région à l’autre et d’un pays à l’autre. Le voyage constitue, au-delà de la rencontre des techniques et des expériences, ce parcours de la vie au cours duquel l’homme se construit grâce aux épreuves à surmonter et aux étapes à franchir. »

Aujourd’hui, les compagnons sont regroupés en trois sociétés principales que sont « les Compagnons du devoir » association désormais ouverte aux femmes, la « Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment » et « les Compagnons du tour de France des devoirs unis ».

Ces femmes et ces hommes du compagnonnage, loin de quelques idées reçues ne sont pas membres de sociétés occultes, mais en quête d’idéal, de savoir-faire, d’excellence, s’inscrivent dans une démarche de transmission du savoir, qui a permis à nombre de métiers dans l’ombre de réalisations et de constructions minutieuses, majestueuses, de subsister au-delà du temps… pour l’éternité …Peut-être.

À jamais, le compagnonnage se nourrit de trois paradigmes : métier, voyage, transmission et offre une alternative efficace pour la formation professionnelle des jeunes, avec des opportunités d’emploi démultipliées à l’issue du périple.

Il n’est point de hasard si depuis novembre 2010, une année après « la tradition du tracé dans la charpente française », le Compagnonnage a été inscrit sur la liste représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l’UNESCO en tant que « réseau de transmission des savoirs et des identités par le métier ».