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«Sans doute, c’est encore aujourd’hui un majestueux et sublime édifice que l’église de Notre-Dame de Paris. Mais si belle qu’elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne pas soupirer, de ne pas s’indigner devant les dégradations, les mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au vénérable monument.»

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris (1831)

Les 15 et 16 avril 2019, pendant près de 15 heures, un terrible incendie ravage la cathédrale Notre-Dame de Paris, détruisant sa charpente, sa toiture et sa flèche…

Le monde entier, qui assiste avec effroi à ce qui pourrait être une mort lente et à la rage des flammes insatiables, qui se nourrissent du majestueux édifice, presque millénaire et anéantissent sa flèche, la totalité de la toiture couvrant la nef, sa charpente multiséculaire surnommée « La Forêt », le chœur et le transept.

Elle ne doit son salut qu’au courage et à la persévérance de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris.

Les réactions émues viennent des quatre coins du monde, des plus hautes instances de l’état comme des anonymes, qui témoignent si besoin en était, à quel point la cathédrale Notre-Dame de Paris, symbole mondialement connu de la ville de Paris et de la France, occupe une place emblématique dans le cœur des femmes et des hommes qui la croisent, s’en éprennent, s’affranchissant des frontières, au-delà des mers et des océans.

De fait, l’histoire de la majestueuse cathédrale, dont a été célébré le 850e anniversaire de sa construction en 2013, symbole du culte chrétien à Paris au cours des siècles, épouse incontestablement celle de l’Histoire de France.

La cathédrale se construit pendant près de deux siècles, de 1163 au milieu du XIVe, dans les traces de la cathédrale Saint-Etienne bâtie au VIe dans une ville devenue au IVe avec l’avènement de Clovis, capitale chrétienne du royaume des francs, avant d’être modifiée au XVIIIe puis restaurée au XIXe.

L’essor de Paris au cœur de la Chrétienté doit beaucoup à l’édifice religieux. Pas moins de quatre papes y séjournent au cours du XIIème siècle tandis que la ville et son aura se développent, devenant un haut lieu de l’art, de la culture avec ses collèges, ou encore son université de philosophie et théologie.

À l’ère des croisades et des pèlerinages vers Saint-Jacques-de Compostelle, des milliers de fidèles affluent à Paris, et notamment dans l’Île de la cité, au point que Maurice de Sully, évêque de Paris, afin de répondre aux nouveaux besoins qui émergent, débute la construction de cette vaste cathédrale, à même d’accueillir les pèlerins et croyants de passage.

Alors qu’au XIIIe siècle, la population parisienne a déjà doublé, le Roi Saint Louis dépose en son sein les reliques de la passion du Christ et la couronne d’épine ramenées de Jérusalem en 1239. Dès lors, elle devient haut lieu de culte incontournable tandis qu’elle se métamorphose en un modèle architectural religieux.

Pourtant, un temps, elle perdra quelque peu de son aura, avant qu’au XVIIe siècle, Louis XIII, ne place le Royaume sous la protection de Notre-Dame de Paris, ouvrant un nouveau pan de l’Histoire de la cathédrale.

L’édifice, sera une première fois réaménagé au XVIIIe siècle.

Au XIX ème siècle, celle que les intempéries des siècles et des siècles et la Révolution n’ont pas ménagée, menace de s’effondrer. Riche d’une immense notoriété, portée par le Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, l’État engage dès lors des travaux de restauration entre 1845 et 1867, parfois controversés, sous la direction de l’architecte Eugène Viollet-le-Duc, qui y incorpore des éléments et des motifs inédits, dont une nouvelle flèche.

La cathédrale y mêle différents styles avec la conservation de certains des caractères du gothique primitif et du rayonnant. A l’image de la capitale, elle reflète inlassablement ces différentes époques et vies. Les deux rosaces qui ornent chacun des bras du transept sont parmi les plus grandes d’Europe.

Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1991, ce haut lieu du culte chrétien, siège de l’archidiocèse de Paris, dédié à la Vierge Marie reste le monument le plus visité de France, avec chaque année en 13 à 14 millions de personnes venant la contempler.

La cathédrale garde en son sein l’empreinte de multiples évènements qui ont fondé l’Histoire de France. En son cœur sera sacré Napoléon Ier en 1804, Henri d’Artois, le duc de Bordeaux, baptisé en 1821, tandis qu’elle accueillera les dépouilles pour les funérailles nationales de plusieurs présidents de la République française de Adolphe Thiers à Sadi Carnot en passant par Paul Doumer, Charles de Gaulle, Georges Pompidou jusqu’à François Mitterrand..

Sous ses voûtes résonnera en outre le Magnificat chanté lors de la libération de Paris, en 1944.

Il n’est point de hasard si l’appel aux dons lancé par l’Etat pour reconstruire Notre Dame dépassa toutes les espérances avec 846 millions d’euros collectés soit près de 150 millions d’euros de plus que les 700 millions prévus pour les travaux.

Le 12 janvier 2024. un bouquet venait symboliser la fin de la pose de la charpente médiévale du chœur. Notre-Dame de Paris après plusieurs années de travaux, quelques peu ralentis par la pandémie, renaît peu à peu et réouvrira ses portes le 8 décembre prochain, tandis que La flèche, taillée par les charpentiers en atelier, en Lorraine a retrouvé sa place dans le ciel de Paris , nécessitant un échafaudage de 600 tonnes sur 4 niveaux, avec son coq au sommet, parachevant l’élévation de la flèche à 96 mètres de hauteur.

Ancré à 30 mètres du sol, au-dessus de la croisée du transept, la charpente est un chef-d’œuvre dans lequel sont enchevêtrés quelques 1000 pièces de bois.

La restauration de Notre-Dame de Paris est une véritable symphonie jouée de concert par des artisans au savoir-faire d’excellence. Elle a mobilisé une soixantaine d’équarisseurs, charpentiers, couvreurs pour la reconstruction de la charpente et de la toiture, mais aussi des maçons et maîtres d’œuvre pour la restauration de ses voutes, des tailleurs de pierre et sculpteurs, pour les statues monumentales du Christ et de Saint-Denis, des restaurateurs de peintures murales et de sculptures, des ferronniers d’art ou encore des maîtres-verriers, sans compter les experts qui se sont mobilisés pour la révision de ses cloches ou prendre soin du grand orgue.

Ainsi, c’est un groupement d’entreprises constitué en atelier commun, qui en Lorraine a réalisé les décors sculptés en bois de chêne, caractéristiques majeures de la flèche. Chacune des huit faces est ainsi ornée de près de 200 crochets et motifs floraux, 16 pinacles, 32 gargouilles, 16 arcatures de baies et 8 quadrilobes, tous inspirés par l’esthétique médiévale, telle que remise à l’honneur par Viollet-le-Duc.

En parallèle, ce sont toutes les parties prenantes de la filière forêt bois, des forestiers aux scieurs, pour la sélection et la récolte des bois, des ingénieurs en structure pour les calculs, des dessinateurs et projeteurs pour les modélisations numériques, plans de taille et d’assemblage, des conducteurs de travaux pour les études méthodologiques et logistiques, qui ont été mobilisés autour des charpentiers qui ont taillé et pré-assemblé des bois en atelier, avant d’assembler sur le site.

Les maîtres-vitriers, quant à eux se sont mis à pied d’œuvre afin de nettoyer et le cas échéant restaurer puis remonter à leur emplacement d’origine les vitraux.

La repose du grand orgue et des 39 baies hautes, ont été quant à elles été nettoyées par pas moins de trois ateliers de facteurs d’orgues en Corrèze, dans l’Hérault et le Vaucluse.

Les cloches, qui fatalement ont souffert de la chaleur lors de l’incendie, ont-elles aussi fait l’objet des soins les plus attentifs. Deux de celles du beffroi nord sont en cours de restauration avant d’être reposées, tandis que six autres, sont aussi révisées.

Ainsi, c’est tout un monde de l’excellence et du savoir-faire français, qui a volé au secours de Notre-Dame de Paris, depuis les sapeurs-pompiers de Paris, se battant pour elle jusque dans sa restauration.

À jamais, dans sa charpente, ses voutes, sa flèche, ses murs, ses pierres, ses peintures, ses vitraux, ses sculptures, son cœur, elle incarne le symbole d’une France passionnée, amoureuse et attachée à son identité, sa mémoire, ses valeurs.

Peu à peu, l’ancestral monument, a retrouvé sa splendeur.

À nouveau, sa flèche surmontée de sa croix se dresse vers le ciel depuis le 6 décembre 2023 rejoint par un nouveau coq au sommet , depuis le 16 décembre 2023. Puis, ce furent la croix du chevet, le 24 mai 2024 ; son Ange à la trompette, depuis le 24 juillet 2024 et les huit cloches du beffroi nord, depuis le 12 septembre 2024.

Si Notre-Dame a pu rouvrir ses portes après son inauguration internationale le 7 décembre 2024, les travaux se poursuivent entre la restauration du chevet et de la sacristie en 2025 ; l’installation de vitraux en 2026 ; et le réaménagement du parvis et des abords de la cathédrale, sa végétalisation et la mise en valeur de la façade, sous la direction de l’architecte et paysagiste belge Bas Smets.

Pour sa renaissance, elle a su rassembler à son chevet dans un même élan de fraternité et d’amour, donateurs et entreprises, artisans amoureux de leur art, PME fleurons des monuments historiques et de l’excellence à la française, de cette excellence et de ce savoir-faire, qui se transmet, parfois de génération en génération, de siècle en siècle et perdure, partout en France et à jamais, à l’image de Notre-Dame de Paris, la majestueuse, qui à travers les époques toujours se souvient des temps anciens, observe et veille sur le présent en regardant vers l’avenir…

Pour l’éternité.