Dreux et alentours : une si longue histoire

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Les origines de Dreux et de ses alentours sont anciennes. Pourtant, d’ores et déjà se dessinent le territoire et les atouts d’aujourd’hui, carrefour de voies de communication, à proximité de la cité Parisii.

C’est aux alentours de 3500 ans avant JC, que des ancêtres des gaulois, les Aryas arrivent dans le pays drouais. Le village qu’ils bâtissent s’appelle alors Drocae, tandis que se construit d’abord un oppidum gaulois sur celle colline sur laquelle s’élève fièrement aujourd’hui la Chapelle St Louis. Les populations viennent s’y réfugier lors des invasions germaines. Une ville est en train de naitre. Elle est alors une bourgade, du nom de Durocassium, capitale de la tribu gauloise des Durocasses.

Dès le début du IIIème siècle après JC, deux documents routiers anciens, la table de Peutinger et l’Itinéraire d’Antonin attestent de son existence.

D’ores et déjà, la position stratégique du territoire, où coule la rivière «La Blaise» près de son confluent avec l’Eure, en fait un carrefour très fréquenté, une étape entre la Basse-Seine et les pays de la Loire.

La butte, ou haute colline qui domine est un atout pour un poste militaire. Les Romains y établissent aux premiers siècles de notre ère, un castellum romain, le Castrum Drocas, en lieu et place de l’ancien oppidum gaulois, qui deviendra le centre d’un comté carolingien, avant de dépendre du nouveau duché de Normandie, puis de la Maison de Vermandois, descendante de Charlemagne.

Propriété du domaine royal le territoire, à la frontière de ceux des ducs de Normandie et d’Anjou, il est longtemps convoité. Afin de lui garantir une protection, Louis VI le Gros donne ainsi le château, la ville et le comté à son fils Robert de France, qui appartient à la Maison capétienne de Dreux. Robert III fera bâtir auprès du château primitif, une seconde enceinte fortifiée et un immense donjon : la Tour Grise, afin d’assurer la protection de la cité dans sa partie nord. Robert IV laissera quant à lui son empreinte dans la ville en accordant de nouveaux privilèges communaux, qui augmentent les privilèges des bourgeois, les pouvoirs des maires et fixent pour cinq siècles les formes de l’administration communale par deux chartes datées de 1269 et 1274.

Au Moyen-Age, la vaste cité et son territoire rayonnent autour de sa forteresse, l’une des plus puissantes de toute l’Ile de France, garante de la sécurité du domaine capétien contre les ducs de Normandie.

De fait, elle résiste de nombreuses fois à leurs assauts à travers les siècles. Place forte puissante, elle soutient moults sièges jusqu’à la victoire, en 960, par les normands, 1188 par Henri II roi d’Angleterre et duc de Normandie, en 1412 par les Bourguignons sous Charles VI, et par Henri IV, en 1590. En 1421, elle capitule cependant sous les assauts de Henri V, roi d’Angleterre et passe sous domination anglaise jusqu’en 1437.

Avec la Renaissance, la cité drouaise se métamorphose, tandis que les bourgeois y construisent l’unique Beffroi d’Eure-et-Loir, érigé de 1512 à 1537 par trois architectes de renommée dont Clément Métezeau. Ancien Hôtel de Ville, il est le symbole des libertés communales acquises par les bourgeois Drouais notamment sous le règne de Robert IV.

Dreux n’échappera pas au XVI ème siècle aux guerres de religions. Ici se rencontreront l’armée catholique et royale de Catherine de Médicis, régente et comtesse de Dreux, et les troupes protestantes du prince de Condé et de l’amiral de Coligny. La bataille de Dreux du 19 décembre 1562 est sanglante et les catholiques, menés par François de Guise l’emportent sur les huguenots du Prince de Condé., en perdant 8 000 des leurs sur le champ de bataille.

Quelques trois décennies plus tard, Le 14 mars 1590, l’armée royale d’Henri IV, alors protestant livrera à son tour une grande bataille autour d’Ivry (devenue Ivry-la-Bataille), après l’assassinat le 02 Aout 1589 du roi Henri III , sans descendance, qui avant de mourir, reconnait formellement son beau-frère et cousin le roi de Navarre comme son successeur légitime, futur roi Henri IV de France. Le Royaume de France est alors déchiré par une huitième guerre de religion et les catholiques de la Ligue refusent de reconnaître un protestant comme légitime successeur d’Henri III de France. Il les combattra ainsi sans relâche pendant une décennie jusqu’à la signature de l’Edit de Nantes le 13 avril 1598.

La reconquête du royaume débute par la Normandie, qui lui est acquise en 1590. Il met le cap sur Paris, où règnent ses ennemis de la ligue, auxquels Dreux et ses habitants sont soumis et par là même entravent sa route. Dreux est encerclée le 28 février 1590, mais les drouais résistent, tandis qu’une importante armée de la Ligue, commandée par le duc de Mayenne se dirige vers Dreux. Quittant la ville, après 12 jours de sièges, Henri IV va à la rencontre de la troupe ennemie et remporte la célèbre bataille d’Ivry, sans pour autant être victorieux au siège de la capitale.

En 1593, lorsqu’il revient sur Dreux, les Drouais toujours hostiles se sont préparés depuis deux ans à un nouveau siège, avec la mise en eau constante des douves entourant les fortifications de la ville, qui ne les protégea pas pour autant de la défaite. Henri IV victorieux, accorde à la garnison de se retirer avec les honneurs de la guerre, pardonne aux habitants la rébellion à l’exception de sept qui avaient encouragé la résistance. Ils sont pendus dans la rue qui, aujourd’hui, commence dans celle des Capucins pour aboutir aux Bléras, et porte depuis le nom de rue des Soupirs. Le château est quant à lui détruit, ne laissant que la partie basse des tours. Le dernier Comte de Dreux, duc de Penthièvre, est l’aïeul du roi Louis-Philippe. Sa fille, la duchesse d’Orléans élèvera en 1816, à l’emplacement de la collégiale St Etienne, une chapelle funéraire que Louis-Philippe transforme en nécropole de famille : La Chapelle St Louis ou Chapelle Royale.

Dreux et son territoire, capitale des « Durocasses», domaine royal, forteresse puissante au Moyen-âge, dont les vestiges patrimoniaux, maisons à pans de bois, hôtels particuliers, rues anciennes, vieux quartier gardent l’empreinte, ce sont aussi des habitants qui la métamorphosent, y vivent, comme en témoigne le nom de certaines rues, portées sur un plan de Dreux en 1725, évoquant la vie d’une cité et ses petits métiers au détour entre les rues des Bouchers, Corroyeurs, des Tanneurs, longeant la rivière dite «La Commune » ou encore des Teinturiers, toujours existante et de la Foulerie, aujourd’hui disparue, que l’on peut découvrir dans son écomusée au gré des époques et des évolutions techniques, entre artisanat et agriculture, des viticulteurs aux tresseurs d’osier, travailleurs du bois ou premiers herboristes.

Le territoire, à quelques encognures de la capitale est connu et apprécié depuis plusieurs siècles pour sa nature et ses forêts. La forêt domaniale de Dreux, qui s’étend sur quelques 3 300 hectares, jadis propriété d’Henri II, jusqu’en 1556, puis, des familles de Soissons, Vendôme, Condé, Maine et Penthièvre, est aménagée dès le XVIIIe siècle pour la chasse à tir. La forêt domaniale de Châteauneuf-en-Thymerais, est quant à elle, née de la réunion de l’ancienne forêt royale, de divers bois appartenant à des religieux et par l’acquisition en 1965 du Bois de Jaudrais. Elle accueille aujourd’hui la production de bois d’œuvre d’essences feuillues diverses dont l’essence principale est le chêne tandis que s’introduisent au fil du temps quelques nouvelles essences résineuses.

De fait, le territoire est verdoyant, riche d’une hydrographie précieuse, entre la Blaise, ses bras et cours d’eau parfois souterrains.

Il fut ainsi le royaume de l’agriculture. Connu pour son vignoble, peu à peu l’élevage et les céréales l’emportèrent. Quelques amoureux et initiés, à l’image de l’association Flora Gallica, qui plante depuis 1989 sur le coteau St-Thibault de Dreux quelques centaines de pieds de chardonnay, produisant un blanc sec au « nez intense et délicat » élevé dans les caves historiques du musée consacré au vignoble drouais, le perpétuent cependant.

Toujours baigné de terres agricoles, le territoire de Dreux et de sa Communauté d’agglomération, bénéficient d’un environnement entre ruralité et urbanité, entre villes et petits villages, qui en font une terre d’attractivité où la nature respire, à vol d’oiseau de la capitale, ce vol que Victor Hugo lui-même parcourut à pieds en juillet 1821, pour rejoindre sa bien-aimée Adèle Foucher à Dreux, économisant le voyage en diligence de 25 francs.

Car le développement du territoire n’est pas sans lien, depuis ses origines, avec son emplacement géographique, pour le meilleur et parfois un peu moins.

Dreux fut ainsi aussi une ville étape de la chaîne des forçats, qui venait de Paris avant de rejoindre les Bagnes de Brest ou de Lorient. Les condamnés passaient la nuit dans les caves de la rue de la grande falaise.

Le territoire fut aussi longtemps lieu de villégiature des parisiens en quête de quiétude, loin des brouhahas de la capitale, de ce havre de paix, que les habitants d’aujourd’hui ou d’autres grandes villes redécouvriront avec bonheur aux heures de confinement.

Dreux, ce fut aussi dans les années 30, à la fois la construction du sanatorium des Bas Buissons, en belle reconversion aujourd’hui, où les tuberculeux venaient se traiter mais aussi celle de l’implantation de l’industrie pharmaceutique, où Ipsen s’implanta dès 1929, sur le site manufacturier.

Au XIXe et XXe siècles, en plein essor industriel se bâtirent ainsi aussi des œuvres patrimoniales immuables à l’image de l’hôtel de la caisse d’Epargne de Dreux, tandis que naissaient ces fleurons de la cosmétique et de la production pharmaceutique, qui existent encore aujourd’hui. Comme d’autres terres et régions de France et d’Europe, le territoire ne fut cependant pas épargné par le déclin de l’industrie, et son lot de conséquences dévastatrices dont le chômage et la précarité.

Loin des dorures de la royauté, du fier beffroi et du rayonnement, le territoire perdit de sa superbe. Oubliés la nature, les forêts, le havre de paix, la quiétude, la douceur de vivre, et Victor Hugo, on ne peint de ces terres et villes si rayonnantes jadis que la délinquance, la précarité et l’ennui, l’envie de fuir ailleurs.

Pourtant, aujourd’hui, il a retrouvé de son aura, sachant se réinventer, porté avec succès par des élus et habitants amoureux de ce patrimoine, de ce cadre de vie et de son histoire. Ils écrivent de nouvelles et jolies pages autour du développement résolument durable de ce « Territoire d’industrie ». Il n’est point question de trahir l’identité, d’urbaniser à tout va au détriment d’une nature précieuse et de ses joyaux, de reconvertir de façon démesurée les friches industrielles, mais de tirer partie des atouts multiples de ces espaces pluriels, dans lesquels l’entreprenariat petit ou grand occupe une place de choix que ce soit dans l’industrie ou les services, avec des écrins de verdure en horizons.

Aux portes de la Normandie, de l’Ile de France, de la Beauce, carrefour majeur dès ses balbutiements, entre industrialisation et désindustrialisation, les visages de ces terres royales, rurales, bourgeoises ou ouvrières portent en elles milles facettes. Elles ont su se relever des difficultés au point d’avoir gagné en attractivité, une attractivité si forte, qu’il reste aujourd’hui bien peu de maisons à vendre, tant l’engouement a été immense pendant la pandémie. Aujourd’hui, Dreux et ses alentours font figure de terres où il fait bon vivre, grandir, bâtir sa vie, travailler… Un juste retour aux choses, qui ne fait que commencer.