Le bataillon de marins-pompiers de Marseille, créé par un décret-loi en date du 29 juillet 1939 naît d’une tragédie, qui fait des dizaines de morts dans l’incendie des Nouvelles Galeries, situées sur la Canebière le 28 octobre 1938. La lutte contre le feu n’est cependant pas une première à Marseille.
Dès la fin du Moyen-âge, la tâche est dévolue aux portefaix, ancêtres des dockers, alors regroupés dans une importante corporation, l’univers maritime faisant depuis toujours partie intégrante de l’âme de Marseille. D’ores et déjà, ils se mobilisent pour lutter contre les catastrophes, nuit et jour. Mais les moyens matériels restent rudimentaires.
Si le volontariat est alors davantage une obligation, le besoin de renforcer les secours en moyens humains au-delà des portefaix est déjà omniprésent. Ainsi, dès 1726, les échevins publient une ordonnance autoritaire, qui obligent les maçons à se rendre sur les lieux d’un sinistre dès que résonne le tocsin. « Seront tenus de s’y porter en toute diligence avec leurs outils pour travailler, et aider à tout ce qui sera nécessaire pour éteindre le feu sous peine d’un mois de prison et de dix livres d’amende et, en cas de récidive, du carcan. » Plus encore, afin de les motiver, le propriétaire du bien en feu doit verser cinq livres de récompense au premier maçon arrivé sur place avec ses outils.
Il faudra attendre 1737 pour qu’arrive enfin la première pompe à bras si longtemps réclamée à la « Hollandaise » avec deux cents seaux en cuir, qui ira de pair avec la mise en place d’une garde. L’arrivée de ce matériel « moderne » entièrement dédié à la lutte contre l’incendie est un tournant pour Marseille. Il va de pair avec les premières mesures de prévention comme l’inspection des fours des boulangers ou la cartographie des secteurs à risques de la ville. En amont, dès l’ordonnance royale du 14 août 1719, existaient cependant des précautions à prendre en cas d’accident de feu dans l’arsenal des galères situé dans l’actuel Vieux-Port de Marseille. L’un des articles imposait ainsi de couler tout navire en feu pour éviter la propagation du sinistre et un autre de mettre en place des gardes-pompes pour assurer la sécurité du port.
Les marins-pompiers de Marseille, qui assurent aujourd’hui la sécurité du premier port de France sont à bien des égards les héritiers de ces gardes-pompes, avec bien évidemment à leur disposition des outils et techniques d’intervention qui ont passablement évolué.
Ce n’est cependant qu’à la chute de l’Empire en 1815, qu’une circulaire du Ministre de l’Intérieur imposera aux communes françaises d’organiser leurs services de secours contre l’incendie. Les services de secours rattachés au « Bataillon d’artillerie de la Garde nationale ». En 1816, l’adjoint au maire prend ainsi un arrêté relatif à « l’établissement de la Compagnie des sapeurs-pompiers de la Garde nationale de Marseille », mais il ne compte alors qu’une dizaine de sapeurs-pompiers, volontaires, chargés de surveiller tout Marseille. Un seul poste de secours, installé au sein de l’hôtel de ville, où les volontaires montent la garde, existe alors, tandis qu’aucune caserne n’est construite. Puis en 1832, ces volontaires furent remplacés par douze sapeurs ayant pour mission d’ « assurer l’entretien du matériel et apporter les premiers secours en cas d’incendie. »
Peu à peu, pourtant la cité phocéenne et son conseil municipal conscients de la disproportion entre les moyens humains et les besoins de la ville, votent plusieurs mesures qui visent à développer les moyens humains et matériels.
En 1847, sont votés des fonds spéciaux pour augmenter le matériel de lutte contre l’incendie tandis qu’au fil du temps se créent de nouveaux postes de secours, tous équipés d’une pompe à bras. Les moyens humains restent cependant lacunaires.
Ce n’est que le 18 mars 1883, que le Maire de Marseille Jean-Baptiste Brochier, structure véritablement le corps des sapeurs-pompiers de la ville, dont la compagnie se compose alors de 85 hommes dont 2 capitaines, 2 lieutenants, 2 sous lieutenants, 1 sergent-major, 5 sergents, 1 fourrier, 10 caporaux, 60 sapeurs-pompiers, et 2 tambours avec des exigences strictes puisque ces derniers doivent avoir un âge compris entre vingt et quarante ans, « exercer un art mécanique tel que celui de maçon, charpentier, plombier, ferblantier, serrurier, sellier, cordonnier… », et être agréés par le maire de la ville. Ils sont donc de fait des sapeurs-pompiers municipaux.
Naissance du Bataillon
Face au grand incendie des nouvelles galeries le 28 octobre 1938, les sapeurs-pompiers municipaux sont rapidement dépassés par son ampleur, désorganisés et qui plus est, sous-équipés avec du matériel vétuste. Leur commandant, blessé quelques jours auparavant est absent. L’adjoint, dirigeant les secours est, quant à lui, blessé dès le début de l’intervention.
Le Contre-Amiral Emile Muselier, Commandant la Marine Nationale à Marseille, dont les locaux sont à proximité, face à l’ampleur du feu qui se propage de façon dramatique, comprend que les renforts sont indispensables. Il fait ainsi appel au contre-amiral Marc Mottet, Major Général du Port de Toulon, qui dépêche 32 hommes et 6 engins de compagnie de marins-pompiers de Toulon. Lorsqu’ils arrivent à Marseille vers 17 heures, le grand magasin est entièrement détruit tandis que le feu a gagné les immeubles voisins.
La compagnie combat le feu sans relâche et parvient à le circonscrire avant qu’il n’atteigne l’hôtel Noailles où sont alors réunis des membres du gouvernement. C’est en effet le jour où se déroulent dans la ville les Assises du congrès du parti Radical, en présence d’Edouard Daladier, alors président du Conseil.
Le drame entraîne la mise sous tutelle de la ville par l’État. Edouard Daladier, impressionné par le professionnalisme des marins-pompiers toulonnais et la qualité de leur matériel, décide dès lors, après étude de différentes solutions militaires ou civiles, de confier la totalité de la sécurité de Marseille à une unité militaire de marins-pompiers. Neuf mois plus tard, dans les cendres du grand incendie, débute l’histoire du bataillon de marins-pompiers de Marseille, avec sa création par décret-loi le 29 juillet 1939.
« Il est créé à Marseille une unité de marins-pompiers. Ce bataillon et les services qui lui sont rattachés sont commandés par un officier supérieur de la Marine… »
Plus d’un siècle avant, Napoléon après l’incendie de l’Ambassade d’Autriche, qui avait failli lui coûter la vie, avait par le décret du 18 septembre 1811, confié lui aussi cette mission sécuritaire de lutte contre les incendies, à un corps militaire, donnant naissance au Bataillon de sapeurs-pompiers de Paris, avant qu’il ne devienne une brigade.
Ainsi, à un siècle d’écart, le modèle militaire s’avérait gage d’efficacité. À Marseille, entre Terre et Mer, que ces services de secours soient rattachés à la Marine nationale était une évidence.
Les évolutions du Bataillon de marins-pompiers de Marseille (BMPM) : Protéger les Marseillais et Marseille et les intérêts de la France en mer
Dans le courant du mois d’Août 1939, moins d’un mois après la création par décret du Bataillon de marins-pompiers de Marseille (BMPM) un petit groupe de quelques 15 marins pompiers de Toulon arrive à Marseille. Ils sont les premiers membres de la nouvelle unité qui va se déployer et se développer au fil des ans, tout d’abord sous les ordres du capitaine de frégate Orlandini, premier commandant du Bataillon de marins pompiers (BMP), secondé par l’officier principal des équipages Louis Godard, qui fut notamment à la tête des marins-pompiers toulonnais intervenus lors de l’incendie des Nouvelles Galeries.
Aux prémices, la caserne de Strasbourg étant occupée par les sapeurs-pompiers municipaux, le contre-amiral Muselier, commandant la Marine nationale à Marseille, réquisitionne une usine désaffectée, rue de Lyon pour loger les nouveaux arrivants. Elle deviendra la « caserne de Lyon » et accueille les premiers détachements de marins-pompiers avec leur nouveau matériel et provisoirement l’état-major de l’unité.
Les effectifs étant trop limités, le commandant maintient dans un premier temps à leur poste la 3ème compagnie des sapeurs pompiers municipaux. En effet, au-delà du manque en moyens humains et matériels, ces hommes ne maîtrisent pas encore la structure de la ville, qu’il s’agisse de sa géographie, de sa topographie, de ses ressources en eau et de ses risques potentiels. Il entend ainsi mettre à la disposition de Marseille des hommes parfaitement préparés, qui maîtrisent l’ensemble de leur environnement. Ce n’est que progressivement, que les marins-pompiers remplaceront les sapeurs-pompiers municipaux marseillais, dès lors que toutes les conditions d’une efficience maximale seront réunies.
Dès le 1er octobre 1939, implantés dans la caserne provisoire de Lyon et celle de Louvain, les marins-pompiers prennent en charge les secteurs nord et sud de la ville, tandis que s’ouvre déjà en mai 1940 celle de Saint-Pierre et la prise en charge de ce secteur est.
Le Bataillon de marins-pompiers de Marseille naît dans la tourmente et dans le contexte particulier du début de la deuxième guerre mondiale. Ainsi, le 1er juin 1940, le jour où le « Bataillon » installe son état-major dans la caserne du boulevard de Strasbourg, un bombardement allemand fait 32 morts et une soixantaine de blessés dans la population marseillaise. Dès juillet 1940, la compagnie du port cède sa place aux marins-pompiers.
Il n’est point de hasard si dans le cadre de ce conflit mondial, le bataillon de marins-pompiers est cité à l’ordre de l’Armée :
« Unité qui dès sa création en 1939 est confrontée au second conflit mondial, tout au long duquel elle mène de front ses missions de protection civile et une importante activité de résistance. Lors de la libération de Marseille, le bataillon éteint de nombreux sinistres, sauve et soigne des centaines de victimes. Prenant part à l’action militaire, il compte de nombreuses pertes dans ses rangs. »
Dans les faits, les marins-pompiers participent activement à la lutte contre l’occupant. Acteurs forts de la résistance, leurs missions qui les vouent à la surveillance des installations techniques, industrielles et portuaires, leur ouvrent les portes de nombreux sites en théorie interdits. En delà des opérations de sabotages, ils communiquent aux Alliés de précieux renseignements. Certains s’illustrent dans l’organisation de résistance de l’Armée (ORA) et rejoindront des maquis, comme le Pilon du roi. Ils seront bien évidemment particulièrement actifs dans la libération de la cité Phocéenne, qu’il s’agisse du front des combats ou de la protection des installations portuaires et du précieux matériel d’intervention. Le bateau pompe l’Alerte, en sortira ainsi épargné.
Il n’est point de hasard non plus, si après la libération, en 1950, Marseille est décorée de la Croix de guerre avec palme et citée à l’ordre de l’Armée pour la « vaillance de sa résistance ». Les marins-pompiers n’y sont pas indifférents.
Les évolutions de l’après-guerre à aujourd’hui
Si dès sa création, le Bataillon se voit confié, et pour cause, le service incendie, il va de pair avec d’autres champs d’actions comme la commande d’un important matériel moderne, l’organisation et la création d’un programme de casernes et de postes, ainsi que l’amélioration du réseau des bouches d’incendies.
Au fil du temps, ses missions n’auront de cesse de se développer, en lien avec son expertise d’excellence croissante, dans des domaines de plus en plus élargis.
Ainsi, en 1962, la défense incendie de l’aéroport de Marseille-Marignane, lui sera dévolue, puis en 1969, le secours à personnes, en 1972, la sécurité de la partie ouest du port autonome de Marseille, Fos, Lavéra et Port de Bouc, en 1976 et 1980, les missions de sécurité et prévention des hôpitaux de la Timone puis Nord. Fidèle à ses origines et à son identité, en 1978, les secours et sauvetages en mer lui seront confiés, dans un premier temps pour le compte de la Société nationale de sauvetage en mer avec la vedette Bonne Mère puis en 2006, avec une nouvelle vedette La Bonne Mère basée au port de la Pointe Rouge et armée par 5 marins-pompiers. En 1990, il prendra en charge la moitié du SMUR de Marseille. Depuis 2008, il assure, par convention, la protection du site d’Airbus Helicopter, entreprise essentielle pour l’aéronautique militaire de la Nation.
En parallèle de son évolution, les infrastructures nouvelles se créent et se développent.
Dans les années 1984/1985, le poste Mirabeau (MRB remplace le poste de La Madrague (LMG), avant de devenir celui de Saumaty (SMY) en 2003. En 1995, la 6e compagnie des Chartreux (CHX), qui est en charge des réparations, intègre un ancien garage Renault, mitoyen du CISN 4 de Plombières. Rassemblés, ils deviennent la base Plombières, siège des ateliers de réparations, tuyaux, appareils respiratoires, magasin général incendie, habillement, infrastructures… Le centre technique Plombières (CTP) occupe aujourd’hui une surface couverte de 6 000 m2, avec ses 110 hommes et femmes dont une dizaine de garde journellement.
La loi de modernisation de Sécurité civile du 13 août 2004 lui confère en outre l’ensemble des prérogatives d’un service départemental d’incendie et de secours (SDIS) dans sa zone territoriale de compétence.
Plus récemment, en 2020, face au rebond de l’épidémie de Covid-19 à Marseille, le bataillon développe avec des partenaires de la santé un protocole de prélèvement et d’analyse des eaux usées qui permet de détecter la charge virale et ainsi d’anticiper la propagation de l’épidémie. De cette expérience et de la capitalisation des savoir-faire dans le domaine NRBC, en 2022, le bataillon se dote d’un groupement NRBC.
De fait, incontestablement, à la pointe de l’innovation, des nouvelles technologies et en quête permanente de l’excellence, le bataillon de marins-pompiers de Marseille fait figure d’exemplarité, ce en toute humilité.
Dès le 30 avril 1982, il se voyait d’ailleurs remettre le 8ème drapeau de la Marine nationale par le Ministre de la Défense, monsieur Charles Hernu, témoignage de la reconnaissance de la Nation pour l’esprit de dévouement de l’unité, hommage non seulement aux décennies de service consacrées à la ville de Marseille mais aussi à la mémoire du sacrifice de plus de 30 marins-pompiers, ayant perdu leur vie dans l’accomplissement de leurs missions.
Le 14 juillet 2023, le drapeau du BMPM a été décoré de la médaille d’or pour acte de courage et de dévouement pour l’opération d’ampleur mené suite à l’effondrement des immeubles de la rue de Tivoli quelques mois plus tôt.





