Le Lieutenant-Colonel William Weiss, sapeur-pompier professionnel mis à disposition du CNFPT occupe actuellement le poste de Directeur de la formation de prévention et de Sécurité civile et publique. Ce périmètre couvre la formation des sapeurs-pompiers professionnels, celles des policiers municipaux et des acteurs territoriaux intervenant lors de la gestion des risques et de crises de Sécurité civile et publique. Riche d’une vaste expérience que ce soit en services d’incendie et de secours ou encore au sein du Ministère de l’Intérieur, le Lieutenant-colonel Weiss nous précise combien le brassage des expertises professionnelles des différentes filières de la fonction publique participe au partage et à l’évolution globale des compétences collectives.
Quelles sont vos fonctions au sein de le CNFPT (Centre national de la fonction publique territoriale) ?
Je suis chargé de piloter la structuration de la stratégie nationale de développement des compétences des sapeurs-pompiers professionnels, des policiers municipaux et des acteurs territoriaux intervenant lors de la gestion des risques et de crises de Sécurité civile et publique.
Le CNFPT dans son offre globale propose plus de 2500 formations différentes se devant de répondre aux besoins des 1,9 millions de fonctionnaires territoriaux. Dans le champ d’action publique qui m’est assigné, avec les équipes régionales et l’équipe qui œuvre au siège national, nous élaborons la stratégie permettant de mettre en œuvre les obligations de formations prévues par les lois et règlements mais également de créer des offres sur-mesure pour faire face au besoin d’évolution et de mutabilité de l’action publique.
Collectivement, nous co-construisons les référentiels de formation en intégrant les professionnels concernés nous élaborons une stratégie de mise en œuvre de ces formations, recherchons et accompagnons les intervenants, intervenants qui encadrent ces formations et dans le cadre d’une démarche itérative de qualité, exploitons les retours d’expériences de la mise en œuvre de ces formations afin de les améliorer au besoin.
Quelle est l’organisation et la structure des formations pour vos collègues de votre métier initial de sapeur-pompier ?
La filière incendie et secours a deux spécificités qui influencent fortement la mission du CNFPT. En premier lieu, les services d’incendie et de secours (SIS) de chaque département de France ont par la loi obligation de former pour la partie « métier incendie et secours » leurs sapeurs-pompiers professionnels non officiers et les sapeurs-pompiers volontaires.
En parallèle, l’École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (ENSOSP) a pour rôle, notamment, de former les officiers (professionnels et volontaires) à ce même cœur de métier. Secondement, le CNFPT a pour vocation de former uniquement les agents territoriaux, ce qui sous-entend que sa mission n’est pas de former les sapeurs-pompiers volontaires.
À ce titre, le CNFPT, outre la possibilité de coopérer avec les SIS pour leurs formations ou avec l’ENSOSP a la capacité à former l’ensemble des personnels territoriaux des SIS à toutes les compétences transversales exercées par ses professionnels.
Les formations sont très généralement réalisées au plus proche des agents grâce à l’implantation des 103 sites du CNFPT sur l’ensemble du territoire français.
Pour les agents des SIS, nous réalisons en moyenne chaque année entre 80 000 et 100 000 journées de formation.
Quelles sont les formations dispensées par le CNFPT pour les sapeurs-pompiers professionnels, les SIS ?
Le Ministère de l’intérieur nous octroie une liste d’agrément pour nos formations. Ces dernières couvrent différents domaines spécialisés et sont dispensées par des formateurs, avec un domaine d’expertise spécifique. Nous assurons notamment l’animation du réseau des acteurs du capital santé et de l’activité physique des pompiers. Celui des compétences spécifiques des agents travaillant dans les salles opérationnelles (centre des appels 18/112). Le CNFPT est un acteur majeur de développement des compétences des formateurs et formatrices internes aux SIS.
Au-delà des agréments ministériels, nous développons des actions sur-mesure pour la Sécurité civile. Un pan est dédié au domaine de la qualité de vie en service, de la gestion des risques psycho-sociaux, le management et les comportements individuels, collectifs. Le risque routier relatif à la conduite en situation d’urgence, les actions et modalités de réactions lors d’agressions de sapeurs-pompiers sont des thèmes sur lesquels nous sommes fortement engagés. De même, nous proposons des formations concernant les approches comportementales et professionnelles de ces acteurs du secours soumis à une forte pression sociale.
La notion de résilience est également un sujet d’actualité et d’avenir, qu’elle soit en lien avec la capacité de gestion des situations de crises mais également la résilience individuelle, personnelle et ce, tant mentale, physique que comportementale. Des offres sont déjà disponibles à propos de sujets tels que la préservation de la santé mentale, du capital physique et nous travaillons sur l’auto-développement des capacités des personnels.
Ce sont des sujets plus complexes que former à utiliser des outils. Là, c’est agir sur le comportemental, sur le mode de fonctionnement des individus. C’est passionnant, mais nous sommes vigilants : il n’y a pas de place pour les « apprentis-sorciers » !
Avoir été un homme de terrain vous permet-il d’avoir une vision plus proche de la réalité ?
C’est un fait, j’ai en mémoire de nombreuses missions en première partie de carrière « dans les camions rouges » puis « dans ma voiture rouge » en position d’officier, commandant d’opérations de secours. La notion de pragmatisme, d’opérationnalité et de simplicité d’action est un leitmotiv. À ce titre, un objectif m’anime, le sens du service public et l’action dans l’intérêt du citoyen. Ces expériences riches, humaines, souvent vécues dans des contextes dramatiques, ne sont pas un passage professionnel obligatoire pour diriger des équipes et piloter des dossiers stratégiques, quel que soit le sujet. Néanmoins, cela pose des références pour le reste de sa carrière. Cela permet également de prendre du recul et de relativiser sur des sujets dits parfois « d’importances et d’urgences ». Lorsque l’on m’évoque « c’est urgent »… je me souviens et parfois, je rappelle le sens réel du mot « urgence ».
L’intérêt global que je peux mesurer après avoir travaillé dans différents univers professionnels, c’est justement le brassage entre les profils, les métiers, les statuts, les origines. La richesse, la force sont dans la complémentarité. C’est aujourd’hui extraordinaire pour moi de travailler en proximité avec un ancien gendarme du GIGN, un commandant de police national, un commandant de sapeur-pompier, des « territoriaux » riches de fortes expériences de territoire que ce soit administratifs, techniques sans omettre des collègues passés par l’éducation nationale, par des sociétés privées de formation… Trop de contraintes statutaires brident encore notre capacité à mixer nos équipes.
Concernant, une vision dite « plus proche de la réalité », tout est relatif. Ce qui est vrai un jour à un endroit pour une situation, une personne, n’est pas forcément la réalité ailleurs pour d’autres. La maxime « penser global, agir local » m’anime. Les évolutions technologiques, sociales, matérielles et les transformations permanente de la société, peuvent changer les pratiques professionnelles et nous imposent de devoir nous adapter en permanence. Mais c’est souvent difficile d’évoquer une notion « d’une réalité ». Je me souviens de la phrase d’un collègue médecin : « un patient, des symptômes, un médecin … un traitement ». En ce sens, les fondamentaux restent analyse, plan d’actions, décisions, actions, corrections… avec « un sens global » et « une action locale ».
Quelles sont les différentes offres de formation proposées par le système et comment accompagne-t-il les directeurs de SDIS dans les réformes managériales ?
Le CNFPT dispose de compétences pour former l’ensemble des territoriaux, toutes filières, tous statuts, tous grades et niveaux de responsabilités. Au-delà de faire monter individuellement en compétences les agents, le CNFPT peut également proposer des formations-actions collectives pour les organisations publiques territoriales. Par exemple, le directeur d’un SDIS peut identifier la nécessité d’une réforme managériale, d’un projet d’établissement … Dans ce cadre, nous pouvons l’accompagner afin de renforcer les compétences et l’aider à résoudre des problématiques spécifiques, souvent en favorisant l’intelligence collective.
De nombreuses organisations surtout dans les comités de direction rencontrent actuellement une vraie difficulté qui consiste à passer d’une « collection d’individus » généralement très performants individuellement pour « leur périmètre » à une équipe performante, à même d’œuvrer ensemble dans une vision partagée avec une posture collaborative dans l’intérêt global de l’entité et non dans l’intérêt de la performance de leur seul service.
En parallèle de ce type d’actions spécifiques, le CNFPT dispose de très nombreuses offres permettant la montée des compétences individuelles. Ce qui est fondamental, mais pas forcément simple et de travailler non pas sur « l’envie de formation » des agents, mais de disposer d’une analyse fine sur leur « besoin de monter en compétences ».
Les intelligences artificielles, ont fait une entrée explosive dans la société et les usages quotidiens, est-ce un domaine qui attire votre attention ?
Nous sommes évidemment attentifs à l’évolution sociale et à l’utilisation des nouvelles technologies qui sont des outils et des alliés pour développer les compétences individuelles et l’action collective. Il est important de rester vigilant quant aux bonnes pratiques et de reconnaître la puissance du pragmatisme de l’humain. Les usages potentiels de ces outils ne sont pas encore totalement mesurés et cela évolue tellement vite !
Cela nous impose un apprentissage et un usage agile, où l’on se doit d’imaginer les utilisations possibles et de développer des fonctionnalités pour améliorer l’efficience. L’IA semble ouvrir des pistes encore récemment improbables. Après, ce sont des outils à envisager pour des usages adaptés, au service de l’humain et pour nous dans la fonction publique, au service du citoyen. Plusieurs projets sont en réflexion, mais il faut aller vite.
Quels sont vos projets futurs au sein de la CNFPT ?
Aujourd’hui, au-delà des évolutions technologiques précédemment citées, le sujet me semble porter sur le travail collaboratif et les compétences comportementales, relationnelles, les capacités d’adaptations et d’évolutions.
De nombreuses transitions sont engagées, écologique, sociale, économique, digitale… les organismes de formation comme le CNFPT sont à la fois porteurs, vecteurs, aux carrefours de ces innovations et en responsabilité de devoir accompagner les femmes et les hommes qui vivent ou subissent ces changements. La difficulté prégnante est désormais liée au rythme incessant de ces évolutions. L’ingénierie et la programmation de formation doivent suivre ce rythme effréné. Cela bouscule les organisations. La notion « d’agilité » dans son sens noble est importante et elle n’est pas à confondre avec « agitation ». Le bien-être social et le sens du service public en dépendent.






