L’École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (Ensosp) forme les 28 000 officiers de sapeurs-pompiers civils professionnels et volontaires de France aux fonctions d’encadrement, au commandement opérationnel, à la gestion de crise et aux interventions face aux risques technologiques. Ici s’affirment les parcours de personnalités hors norme, entre courage intrépide et dévouement sans bornes, flammes et situations extrêmes, des identités uniques, qui se construisent inlassablement dans un équilibre exceptionnel fait de bravoure et d’altruisme, les guidant dans leur mission héroïque, en toute humilité mais avec des formations d’exception ne laissant de place qu’à l’excellence.
Comment peut-on définir un sapeur-pompier ?
Il y a, à mon sens, plusieurs manières de définir une corporation comme la nôtre. La première est de la définir par ses missions à savoir : le secours à personnes, les accidents de la circulation, les incendies, les risques environnementaux (risques industriels, pollution, feux de forêts, etc.), l’ensemble consistant à sauvegarder les personnes, les biens et l’environnement. Une autre manière de définir le sapeur-pompier serait d’en décrire l’identité.
Par ce prisme, le sapeur-pompier est d’abord une femme ou un homme porteur de valeurs (courage, dévouement, humanisme, altruisme, engagement, respect, exemplarité, etc.). Il est également une femme ou un homme, fruit d’une histoire de plus de 250 ans au service des autres dans les coins les plus reculés du territoire (et dont il doit être le dépositaire). Il reste donc souvent le premier secours et le dernier recours aux détresses de nos concitoyens et il s’agit là d’une constante pluriséculaire qui le place de manière très particulière dans le cœur des Français.
Il est enfin une femme ou un homme que l’on reconnait instantanément par son uniforme, par la couleur de ses véhicules, par ses cérémonies protocolaires… bref, par l’ensemble de ses rituels et de ses symboles qui l’entourent et qui le caractérisent.
Vous êtes responsable du département des formations au sein de l’ENSOSP, en quoi cela consiste ?
Mon travail consiste à coordonner une équipe de 70 personnes dont la mission est de former l’ensemble des officiers de sapeurs-pompiers de France (en dehors des officiers de santé et des emplois supérieurs de directions), de préparer, d’organiser et de mettre en œuvre leurs formations au sein de l’ENSOSP, formations d’encadrement, formations spécialisées, formations opérationnelles et formations à la gestion de crise. Cela nécessite de :
► Préparer des contenus pédagogiques qui répondent aux commandes de référentiels d’activités et de compétences qui nous sont remis par notre direction générale.
► Mettre en cohérence l’ensemble des différents niveaux de formation donnés à nos officiers.
► Choisir la meilleure ingénierie pédagogique possible pour une séquence de formation donnée.
► Trouver les meilleurs intervenants afin de transmettre les savoirs.
► Enfin, convoquer, accueillir et accompagner les stagiaires tout au long de leur parcours.
Nous procédons à des évaluations de nos stages mais également de nos formations, ce qui nous permet d’être constamment dans une démarche d’amélioration continue. De retours dans leurs structures, les officiers sont ainsi à même d’apporter le meilleur au service de leurs concitoyens en détresse, ce qui reste notre mission de base.
Quel profil de personnes trouvez-vous sur les bancs de l’école ?
La richesse de notre profession, c’est qu’elle peut s’enorgueillir d’une immense pluralité de profils de femmes et d’hommes qui la composent. En effet, sur presque 250 000 sapeurs-pompiers en France environ 80% sont des sapeurs-pompiers volontaires donc issus de la société civile avec des profils de genre, de culture, d’origine ou de niveau d’études extrêmement variés. Cela en fait sa valeur car cette pluralité forme une complémentarité pour une mission commune au service des autres.
Voyez-vous une amélioration dans l’inclusion des femmes dans les filières professionnelles des sapeurs-pompiers ?
Oui, c’est une évidence. Certes cette amélioration est lente, trop lente sans doute, mais elle est effective et constante. Cela fait 18 années que je travaille à l’ENSOSP et à mes débuts lorsqu’une promotion de jeunes officiers entrait en formation, il n’y avait pas plus de 3 ou 4 femmes dans leurs rangs sur 48. Aujourd’hui, nous en trouvons presque toujours entre 7 et 12. Nous sommes encore loin d’une parité mais les progrès sont visibles et cela enrichit notre profession.
Les pompiers peuvent parfois être la cible d’attaques à leur endroit, comment gérer les craintes des nouveaux arrivants ?
Il s’agit là d’un vrai problème qui créé un réel malaise dans nos rangs. Effectivement, comment comprendre une quelconque violence à l’endroit de femmes et d’hommes qui se déplacent pour justement apporter une aide à quelqu’un qui l’a demandée ? Les craintes existent et c’est normal. Mais en aucun cas celles-ci doivent faire renier nos valeurs d’humanisme, de dévouement et d’altruisme. Notre société dans sa globalité est devenue plus violente et la difficulté est grande, visiblement, de négocier et de discuter.
Les sapeurs-pompiers parce qu’ils sont, comme je le précisais ultérieurement, les premiers secours et les derniers recours dans les territoires les plus reculés de notre pays, peuvent être le réceptacle des rancœurs et des colères de nos concitoyens qui ne peuvent s’exprimer autrement. Il faut expliquer tout cela à nos jeunes stagiaires et leur enseigner des manières d’aborder et d’appréhender ces situations.
Mais à ce problème de violence qui touche notre société dans sa globalité, il serait prétentieux de ma part de donner une solution miracle qui n’existe pas. Continuons donc à remplir nos missions avec courage et dévouement pour le bien de nos concitoyens.
Vous avez écrit une thèse en 2021 intitulée « Valeurs professionnelles et éléments de représentation dans un système complexe sous influences : convergences et divergences dans différents groupes d’officiers de sapeurs-pompiers ». Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Faire un travail de thèse c’est porter une attention particulière et documentée pendant de nombreuses années sur un sujet précis. Il y a une quinzaine d’années, nous nous sommes beaucoup intéressés, à l’ENSOSP, sur ce que devait être une école nationale supérieure et nous lui avons trouvé 3 rôles principaux : former, favoriser les liens entre tous les officiers de France et enfin créer une culture et une identité commune.
Mon travail de thèse participe humblement à apporter une parcelle d’éclairage à ce dernier rôle, à savoir objectiver une culture et une identité commune. L’identité pour un groupe est un ensemble formé principalement par ses valeurs, son histoire, ses rituels et ses symboles. Il s’agissait donc pour un certain nombre d’entre nous de s’emparer de ces éléments afin de les définir.
C’est ainsi que l’un de mes collègues s’est employé à travailler sur les rituels (appelés dans notre profession le protocole) et sur les symboles (notamment sur les uniformes et les décorations). Pour ma part, je me suis spécialisé sur les valeurs de notre profession. Mon travail de thèse consistait à définir et à faire ressortir, suite à un travail d’enquêtes et de questionnaires, les valeurs essentielles qui caractérisent un officier de sapeur-pompier et les trois les plus citées furent : l’exemplarité, la loyauté et le respect.
Plus globalement, mon travail s’intéressait également à tout ce qui touche l’éthique et la déontologie englobant ainsi des sujets d’actualité comme les discriminations, les harcèlements et le vivre ensemble, autant d’éléments sociétaux qui rentrent dans le « savoir être » de tout cadre de la fonction publique et que j’ai l’honneur d’enseigner à l’ENSOSP.






