CCI d’Ille-et-Vilaine : « Un suivi personnalisé et humain »

Entretien avec

Jean-Philippe CROCQ, Président de la Chambre de Commerce et de l’Industrie d’Ille-et-Vilaine

Jouissant d’un certain dynamisme économique couplé, de facto, à un taux de chômage moindre par rapport à la moyenne nationale, le département d’Ille-et-Vilaine via sa Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) demeure néanmoins en alerte pour les entreprises traversant des périodes plus délicates.

Comment qualifieriez-vous l’activité économique au sein de votre département ? Quel bilan dressez-vous en la matière en cette première moitié d’année 2024 ?

L’économie de l’Ille-et-Vilaine est particulièrement dynamique (+ 67 000 emplois salariés en 10 ans dans les entreprises, soit + 23 % contre + 13 % au niveau national) et un taux de chômage à 5,9 % au 4e trimestre 2023 contre 7,3 % au niveau national).

Ce dynamisme est boosté par les services (+48 000 emplois en 10 ans), en particulier le conseil aux entreprises et les services numériques. Pour autant, les autres secteurs sont également bien présents. L’industrie, notamment agroalimentaire et automobile, le commerce et le BTP.

Toutefois, en ce premier semestre 2024, l’économie départementale souffre encore d’une demande atone, tant en BtoB qu’en BtoC. Ce qui s’explique par l’inflation, encore significative et des taux d’intérêt élevés.

Toutefois, notre dernière enquête de conjoncture montre aussi que cette pression sur les coûts de production commence à ralentir sous l’effet du reflux de l’inflation. Espérons que sur le 2e semestre ce reflux entraine une relance de la demande, stimulée par une hausse du pouvoir d’achat.

Les difficultés de recrutement, dont vous faisiez état en fin d’année 2023, sont-elles toujours présentes ?

La récente enquête de conjoncture de la CCI Ille-et-Vilaine montre une légère décrue des difficultés de recrutement au 1er trimestre 2024. Elles concernent toujours 71 % des entreprises ayant initié un ou des recrutement(s). Les postes difficiles à pourvoir sont particulièrement variés : métiers de la restauration, du bâtiment, techniciens spécialisés, employés de commerce, commerciaux, mécaniciens, comptables, ouvriers spécialisés, métiers de l’hôtellerie, coiffeurs, aide à la personne, etc.

Comment accompagnez-vous les entreprises dans les périodes les plus délicates ?

La CCI Ille-et-Vilaine propose un suivi personnalisé et humain. De plus, au fil des années nous avons créé des relations partenariales avec différentes instances. Rebond35, par exemple, aide à l’accueil, l’écoute, l’échange des dirigeants confrontés à des difficultés psychologiques.

Avec le Tribunal de Commerce, nous entretenons un travail de prévention et de sensibilisation des dirigeants qui risquent la cessation d’activité. Nous agissons partout où nous le pouvons pour être facilitateurs.

Sans oublier notre proximité sur le territoire, au plus près des dirigeants. Au-delà de notre implantation à Rennes, nous disposons également de trois délégations, à Saint-Malo, sur les Marches de Bretagne et sur le secteur Redon Sud-Vilaine.

Vous avez également posé les jalons d’un club des chefs d’entreprises du secteur industriel. Quel est la finalité de celui-ci ?

Ce club rassemble des entreprises industrielles plus de 20 salariés. Le principe est simple : les membres se réunissent régulièrement, les matins, dans une entreprise qui les visitent, où ils échangent sur des sujets d’actualités.

Puis leur est proposé un thème structurant avec un intervenant, par exemple, la RSE, la sécurité ou, dernier en date : le ZAN et les contraintes de l’artificialisation. Un sujet de premier ordre, surtout pour des industriels qui peuvent trouver dans ces réflexions des idées d’opérations à initier.

Dix territoires industriels bretons, dont le Pays de Fougères au sein de votre département, ont été sélectionnés, début 2024, par l’Etat comme prioritaires. Qu’est-ce que cela signifie plus concrètement ?

Cela signifie qu’un savoir-faire et une tradition industrielle sont reconnus à un Pays. Il faut conforter ce positionnement et disposer des moyens nécessaires pour le maintenir et le développer. L’Exécutif gouvernemental veut réindustrialiser la France. J’en suis ravi !

La création de la valeur et de l’emploi passera indéfectiblement par le secteur industriel et tous les métiers du tertiaire qu’il peut faire graviter autour de lui. Toutefois, on ne peut pas partir de rien, et le meilleur moyen de remporter ce pari, c’est en misant sur ce qu’on sait faire.

Concrètement, maintenant que Fougères ou le Sud-Vilaine en Ille-et-Vilaine sont labellisés, une dynamique locale se crée. Cela veut dire des moyens donnés aux EPCI pour développer des programmes visant à améliorer les synergies dans les territoires. Et pour ce faire, ils ont besoin du support technique des CCI, notamment pour l’animation ou l’assistance en ingénierie.

Par exemple, nous organisons prochainement un séminaire où nous présenterons aux industriels les aides publiques et les moyens pour les obtenir ; nous réalisons des études de terrain pour des aides à la prise de décision.

Notre but, c’est d’être le garde-fou des initiatives privées comme publiques pour être certain que les projets qui aboutiront concourront au développement des territoires.