« Les Départements sont chefs de file de la Sécurité civile au niveau local et doivent, de ce simple fait, prendre toute leur part à la définition des orientations à venir, discutées notamment à travers les projets de loi de finances et de loi d’orientation et de programmation du Ministère de l’Intérieur.
Départements de France porte et les élus locaux garantissent les moyens humains et matériels des SDIS. Mais nous plaidons pour revoir le modèle à bout de souffle de l’État stratège et de la collectivité territoriale qui finance. »
Peut-on dire que les Départements sont des acteurs à part entière de la Sécurité civile aux côtés des sapeurs-pompiers ?
On peut même dire que les Départements jouent un rôle central au sein de la Sécurité civile ! D’abord, ils prennent en charge 60% des 5,17 milliards d’euros de budget des SDIS, ce qui fait des Départements leurs premiers financeurs. Les Présidents et Présidentes de Départements président les conseils d’administration des SDIS. Nous avons tous à cœur d’être à l’initiative pour adapter notre modèle aux défis du changement climatique, garantir la sécurité de nos concitoyens, de nos pompiers et l’excellence capacitaire.
Il faut bien avoir à l’esprit que les feux de forêt sont les missions les plus consommatrices en moyens matériels et humains ! Les sapeurs-pompiers étant des services départementaux, nos Départements sont aussi au cœur du dispositif de veille et de prévention. Les forestiers-sapeurs sont en effet chargés d’entretenir les espaces naturels et les pistes de défense contre l’incendie au cœur des forêts, tout en intervenant sur les feux de forêt en première intention, avant l’arrivée des sapeurs-pompiers. Plusieurs Départements ont mis en place, avec l’aide d’autres collectivités, des systèmes de détection vidéo, dans le Sud de la France, mais aussi dans la Sarthe par exemple.
Je veux ici rappeler que Départements de France a lancé une mission flash de retour d’expériences à la suite de l’été dramatique de 2022, conduite par les Présidents André Accary et Jean-Luc Gleyze. Les premières conclusions portaient sur l’organisation et les investissements nécessaires à l’adaptation de notre modèle de Sécurité civile aux nouveaux risques, dans l’hexagone comme en outre-mer. Parce que les Départements ont l’expertise et du fait de leur implication sur le terrain, nous avons voulu aller plus loin ! La mission dans sa seconde phase penche sur les risques naturels majeurs : tempêtes et ouragans, inondations, sécheresse… DF présentera ses nouvelles conclusions prochainement.
Comment participent-ils notamment aux Services Départementaux d’Incendie et de Secours ?
La gestion et l’administration des SDIS sont, je le redis, une compétence des Départements depuis 1996. En parallèle, l’État conserve la direction du volet opérationnel : le Préfet localement et le Ministère de l’Intérieur pour la partie réglementation ou les manœuvres nationales comme l’envoi de renforts en cas de crises.
D’où l’importance d’une gouvernance cohérente de la politique de Sécurité civile, qui passe par une association en amont des Départements aux orientations stratégiques. On constate malheureusement que la stratégie s’écrit parfois sans nous. Or un conseil d’administration de SDIS réunit des maires et des conseillers départementaux de tout le territoire, dont ils connaissent parfaitement les besoins et les moyens. L’expertise qui est la leur localement doit se retrouver au niveau national.
Quelles actions conduisent-ils ensemble ?
DF est membre de toutes les instances nationales de « l’écosystème » sapeur-pompier : conseil national des sapeurs-pompiers volontaires, conférence nationale des services d’incendie et de secours (CNSIS), mais aussi conseils d’administration de tous les établissements publics (agence du numérique de la Sécurité civile, Réseau Radio du Futur, ENSOSP…).
Nous disposons, au sein de Départements de France, d’une commission spécifiquement dédiée qui réunit les Présidentes et Présidents de Départements et de SDIS. Sous la présidence d’André Accary, mon collègue de Saône-et-Loire, la commission étudie toutes les évolutions au niveau national. Elle propose aussi des études ou des évaluations. C’est un travail collectif qui porte ses fruits : si l’État nous associe aujourd’hui mieux à des travaux prospectifs sur le financement des SDIS, c’est parce que nous avons pris des positions fortes, notamment depuis l’automne dernier avec les conclusions de la mission flash.
Comment les Départements portent-ils la voix des sapeurs-pompiers auprès de l’État ?
Les Départements sont chefs de file de la Sécurité civile au niveau local et doivent, de ce simple fait, prendre toute leur part à la définition des orientations à venir, discutées notamment à travers les projets de loi de finances et de loi d’orientation et de programmation du Ministère de l’Intérieur.
Départements de France porte et les élus locaux garantissent les moyens humains et matériels des SDIS. Mais nous plaidons pour revoir le modèle à bout de souffle de l’État stratège et de la collectivité territoriale qui finance. Les Départements doivent être impliqués dans la stratégie et l’État dans le financement ! Ceci suppose un travail étroit de co-construction avec l’État, qui ne doit pas prescrire « gratuitement » en attendant qu’on paye, mais qui doit nous intégrer dans le processus de définition de la politique publique de Sécurité civile.
Nous devons mener avec l’État une grande réflexion sur l’adaptation des moyens humains et matériels de lutte contre les conséquences des phénomènes météorologiques extrêmes. Tous les sujets doivent être posés sur la table pour préparer la France à affronter les nouveaux risques climatiques : l’obsolescence des matériels – les avions bombardiers d’eau par exemple – le recrutement de sapeurs-pompiers volontaires, le maillage territorial des casernes, ou encore la réorganisation et le financement de la Sécurité civile. L’urgence de la situation ne supportera aucun non-dit, aucun tabou.
Pour revenir aux sapeurs-pompiers, nous avions l’an dernier, avec le Président Christophe Guilloteau, appelé le gouvernement à prendre des décisions fortes pour encourager le volontariat. Nous travaillons étroitement avec la Fédération nationale des sapeurs-pompiers et l’association des directeurs de SDIS. Cela a notamment été le cas lors de la rédaction du rapport du Sénat « Feux de forêt et de végétation : prévenir l’embrasement ». Nous avions, alertés par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, relayé leurs revendications auprès du gouvernement ; et déposé des amendements pour contribuer à la loi du 10 juillet 2023 visant à renforcer la prévention et la lutte contre l’intensification et l’extension du risque incendie.
Vous êtes, Président de Départements de France (DF), Président du Conseil Départemental de Côte-d’Or. En quoi les départements sont-ils partie prenante auprès des sapeurs-pompiers ?
Le Conseil départemental de Côte-d’Or consacre, pour l’année 2023, 21,2 millions d’euros à la protection des populations, via le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS 21). À cette contribution annuelle, s’ajoute le soutien exceptionnel du Département à hauteur de cinq millions d’euros pour l’acquisition de vingt-cinq nouveaux matériels et engins de lutte contre les incendies qui ont été prépositionnés sur le territoire pour une intervention dans les meilleurs délais. C’est un effort inédit et un engagement fort envers les sapeurs-pompiers de Côte-d’Or.
Le Département s’engage également fortement en faveur des sapeurs-pompiers volontaires, maillons indispensables pour assurer la sécurité des biens et des personnes, notamment en milieu rural.
Avec le SDIS 21, un travail est mené avec les Conseillers départementaux jeunes, mais aussi en partenariat avec l’Éducation nationale, pour sensibiliser les jeunes à cet enjeu dès le collège, afin qu’ils soient « préformés » à 16 ans, âge limite pour s’engager comme sapeur-pompier volontaire.
À quelles réalités de terrain et problématiques majeures, telles que vous avez pu les observer dans votre département, sont aujourd’hui confrontés les sapeurs-pompiers ?
Accidents de la route, incendies d’habitations, de forêts ou industriels, lutte contre les pollutions, secours à la personne, prévention des risques de toute nature… les sapeurs-pompiers sont sur tous les fronts. Leurs interventions sont de plus en plus techniques, plus sensibles et plus nombreuses chaque année. En 2021 dans mon Département, les 2 100 sapeurs-pompiers professionnels et volontaires, qui sont un des visages du service public de proximité auquel nos concitoyens sont très attachés, sont intervenus en moyenne 82 fois par jour, 7j/7, 24h/24.
On constate aussi que le réchauffement climatique accélère et multiplie les évènements calamiteux ! C’est pour cela que j’avais décidé, en 2022, de revaloriser la contribution au SDIS avec un montant sans précédent de 20 millions d’euros. Mais nous n’avons pas pu renouveler cet effort colossal en 2023 du fait des charges nouvelles que le Gouvernement nous impose… Face à la multiplication des risques et à leur importance, il y a une vraie urgence à repenser notre système. Ce n’est pas simplement le risque incendie. On aura des épisodes tempétueux nécessiteront une importante mobilisation des secours. On l’a constaté aussi en Côte-d’Or, avec un mini tornade qui a causé d’importants dégâts à Liernais. Donc il faut repenser notre système, son financement, qui ne peut pas reposer sur les seuls Départements, mais qui doit associer aussi les grandes agglomérations et l’État. Il faudra que chacun assume ses responsabilités. Les Départements le font déjà, mais ils ne doivent pas être les seuls.
Nous sommes dotés en Côte-d’Or de matériels spécifiques (notamment une vingtaine de camions-citernes feux de forêts qu’on qualifie de véhicules d’attaque avec une petite dizaine de véhicules de soutien), mais il faut impérativement que l’État assume son rôle en matière de protection aérienne. Sur le plan national, nous ne disposons aujourd’hui que de 22 moyens aériens (canadairs, Dash) qui sont tous basés à Nîmes. Il faudra que l’État renforce cette flotte, mais aussi son maillage territorial, car plus un feu est attaqué tôt, meilleures sont les chances de le circonscrire rapidement. Et surtout, il faut sensibiliser l’ensemble de nos compatriotes au risque incendie, car près de 95 % des feux de forêt sont d’origine humaine. La prévention est essentielle !





