Depuis le 1 er janvier 2023, un nouveau Directeur est en poste à l’ENSOSP : Grégory Allione. Fort de son expérience en tant que Président de la FNSPF, il compte apporter une nouvelle dynamique. Dans un monde où les évolutions sociétales obligent le corps des sapeurs-pompiers à repenser leur approche, où le changement climatique les force à se réadapter, l’école nationale se doit d’être à la base du métier de demain.
Vous avez quitté la présidence de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France en décembre dernier, pourquoi ?
Je voudrais de prime abord préciser deux choses. J’ai occupé la fonction de Directeur Départemental du SDIS des Bouches-du-Rhône à partir d’octobre 2014. Mais en tant que chef de corps d’une unité de secours départementale, les textes ne permettent pas d’occuper le même poste pendant plus de 10 ans. Le contrat initial de 5 ans n’est de fait renouvelable qu’une seule fois. Compte tenu de la date de ma prise de fonction, je ne pouvais aller au-delà de 2024.
À la mi-2022, une très belle opportunité s’est ouverte au sein de l’ENSOSP avec le poste de Directeur qui était vacant. C’est un poste qui attire la plupart des cadres dans la profession car lorsqu’on sait tout ce que l’on reçoit de nos pairs, on a nécessairement envie de rendre et de donner aux sapeurs-pompiers de France, à la Sécurité civile.
C’est un poste qui est par ailleurs très enrichissant personnellement et qui permet également d’enrichir la profession car on voit tous les futurs cadres qui vont irriguer les SDIS. L’autre explication est qu’on ne peut pas être Président de la Fédération et Directeur de l’école puisque le président de la fédération siège au conseil d’administration. Ce n’est donc pas compatible. Néanmoins j’ai regretté de devoir quitter ce poste, qui me tient à cœur, car il couple avec celui de Président de l’ Œuvre Des Pupilles (ODP). C’est clairement un arrache cœur… Je suis cependant très heureux et fier de l’élection de Jean-Paul BOSLAND à la tête de la Fédération et je suis persuadé qu’il fera du très bon travail.
Vous êtes maintenant à la tête de l’ENSOSP depuis le 1er janvier, quels objectifs souhaitez-vous atteindre ?
Une lettre de mission émanant du Directeur Général de la Sécurité civile de l’État synthétise les principaux volets d’actions. Parmi eux, il s’agit de garantir que la formation des officiers soit étroitement liée aux enjeux sociétaux, environnementaux et aux réalités de la Sécurité civile. Il est primordial d’aborder les effets conjoncturels du monde actuel et les conséquences du dérèglement climatique, tout en veillant à ce que la formation soit en phase avec notre contexte. Cette approche s’accompagne d’une ouverture aux partenariats avec divers acteurs tels que le monde universitaire, la société civile et l’entreprenariat, ce qui viendra enrichir notre démarche.
Une autre facette essentielle de cette mission est de concrétiser la volonté du Président de la République et du gouvernement d’intégrer l’école à l’Institut national du Service public, afin que les cadres des sapeurs-pompiers puissent être reconnus à l’instar des hauts fonctionnaires.
Dès le mois de septembre, cette ambition sera concrétisée avec l’intégration des colonels dans la formation dispensée par l’Institut national du Service public. D’autres initiatives, telles que la mise en place de simulations et de réalité virtuelle, ainsi que la formation à la gestion de crise, témoignent de notre engagement à rester à la pointe de l’innovation pédagogique. Par ailleurs, le projet de construction d’un nouveau bâtiment prévu pour septembre traduit notre désir de créer un environnement adapté à l’évolution de nos missions.
Si l’on devait résumer la portée de mon mandat, il traduirait notre ambition de dynamisme et d’ouverture, illustrant ainsi notre engagement envers l’excellence dans la formation et l’adaptation aux défis actuels et futurs…
Pourquoi les sapeurs-pompiers n’arrivent plus à recruter de nouveaux éléments ?
Il n’est pas nécessairement difficile de recruter. Il y a deux à trois enjeux majeurs de développement qui se dessinent pour notre corps : la poursuite de notre ouverture au-delà des barrières générationnelles afin de mieux refléter la diversité de la société. Le Ministère de l’Intérieur a déjà lancé un plan pour la féminisation du métier. De nouvelles structures se sont développées, notamment avec les Cadets de la Sécurité civile et le Service national universel…
Ce sont de nouveaux points de recrutement qui sont envisagés pour que les sapeurs-pompiers correspondent davantage à la composition de la société.
En parallèle, il est essentiel de s’adapter à l’évolution de notre société en ajustant les méthodes de formation et de leadership de nos cadres pour répondre aux aspirations de la nouvelle génération. Il s’agit de rendre nos messages et nos actions plus en phase avec les valeurs et les attentes actuelles.
Un sapeur-pompier professionnel, aujourd’hui, a de multiples vies professionnelles comparé à avant. Il en est de même chez les pompiers volontaires d’antan, qui se consacraient exclusivement à leur vocation, tandis qu’aujourd’hui, la réalité impose un équilibre entre vie professionnelle et personnelle.
Le pompier volontaire doit pouvoir vivre sa vie professionnelle et personnelle avec cet engagement citoyen. La formation représente un enjeu crucial pour stimuler cette ouverture, tout en cultivant une perspective d’ouverture d’esprit envers les autres. Cela permet des échanges enrichissants entre différents univers. En connaissant mieux l’autre, nous sommes mieux à même de collaborer de manière harmonieuse et productive.
Vous parlez de « soldat de la vie » à la place de « soldat du feu », quelle différence faites-vous ?
Il faut dire, déjà, que ce sont les mêmes individus qui accomplissent tout le champ missionnel. Quand je dis que le « soldat du feu » est devenu « soldat de la vie », je fais le constat que 80% des missions des sapeurs-pompiers sont le secours aux personnes. Sa principale mission est de partir en ambulance et d’assister les gens.
Dans ce qui est du management, il y a aussi une différence dans l’approche à avoir car ce n’est pas la même chose de gérer une troupe qui va apporter tous les jours des secours qu’une autre qui va se rendre sur un site en proie aux flammes. Il y a une évolution à faire dans l’enseignement afin de montrer l’évolution du corps depuis ces 15 dernières années.
Le réchauffement climatique vous oblige-t-il à réfléchir à de nouvelles formations au sein de l’École ?
Le sapeur-pompier est avant tout un citoyen et, à ce titre, il doit intégrer la problématique du réchauffement climatique dans son mode de vie. Il est également impératif d’adopter une approche responsable au sein de nos établissements. Ces derniers ont adopté des programmes visant à respecter l’environnement, à promouvoir la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ainsi qu’à aborder des sujets tels que l’égalité et l’équité.
L’ENSOSP joue un rôle central dans cette nouvelle ère. Elle a pour vocation de diffuser ces concepts parmi les futurs cadres qui, à leur tour, feront rayonner ces valeurs au sein des casernes. La recrudescence des événements naturels d’une intensité et d’une violence inédites souligne l’importance de cette sensibilisation. Tous les sapeurs-pompiers sont formés pour faire face à ces événements, afin de mieux les appréhender et de guider leurs collègues dans des conditions optimales.






