Gestion durable des déchets : des initiatives novatrices (et participatives)

Entretien avec

Jean-Luc OHIER, Vice-Président aux travaux et aux déchets

À la manœuvre sur les problématiques de travaux et des déchets, la délégation menée par Jean-Luc Ohier œuvre pour doter la Communauté de communes de Côte d’Émeraude de programmes et d’équipements de tout premier ordre. Tout en recueillant l’avis et les doléances des administrés en la matière.

Pouvez-vous décliner, en quelques points, votre rôle et vos prérogatives en matière de travaux au sein de la Communauté de communes Côte d’Émeraude ?

Dans une communauté de communes telle que la nôtre, composée de seulement huit communes et caractérisée par un territoire très compact, nos actions se révèlent particulièrement pluridisciplinaires. En effet, nous intervenons dans divers domaines de compétence. Concernant la mobilité, nous réalisons des projets tels que la création de pistes cyclables et la mise en place de pôles multimodaux.

Dans le domaine économique, nous développons de nouvelles voies ou procédons à leur renouvellement dans des zones comme la PA Hermitage, la PA Ville au Coq, le PA des Landes et le PA Ville es Passant. En matière de petite enfance, nous réhabilitons des crèches, comme celle de La Richardais (24 berceaux), ou construisons de nouvelles structures, à l’image de celle de Dinard (42 berceaux).

Enfin, dans le secteur des déchets, nous construisons une aire de lavage, des hangars pour Bennes à Ordures Ménagères (BOM), nous étendons les locaux, renouvelons les réseaux du site et mettons en œuvre des Points d’Apport Volontaire (PAV)

Quels principaux enseignements tirez-vous de l’étude «Mieux connaître la composition des ordures ménagères» dédiée aux administrés de la Communauté de communes Côte d’Émeraude et rendue publique en avril 2024 ?

La compétence en matière de gestion des déchets portée par la CCCE concerne uniquement la collecte, tandis que le traitement relève du Syndicat Mixte de Valorisation des Déchets des Pays de Rance et de la Baie (SMPRB). Ainsi, la CCCE assure la collecte des déchets soit en porte-à-porte (PAP), avec une fréquence adaptée au territoire (une ou plusieurs fois par semaine), soit via des Points d’Apport Volontaire (PAV), ou encore en déchetterie.

Le défi actuel pour notre territoire réside dans la recherche, en collaboration avec le SMPRB, de la filière la plus adaptée pour traiter les biodéchets. L’article L.541-21-1 du Code de l’environnement impose à tous les producteurs et détenteurs de biodéchets de les trier à la source pour favoriser leur valorisation.

Cette obligation s’applique également aux services publics de gestion des déchets depuis le 1er janvier 2024. Pour répondre à cette exigence, les collectivités ont deux options : encourager le tri à la source et la valorisation sur place, ou organiser une collecte séparée suivie d’une valorisation industrielle.

Dans cette perspective, la CCCE a déjà initié plusieurs actions pour accompagner le SMPRB dans le choix de la meilleure filière pour les années à venir. L’une de ces actions consiste en la caractérisation des déchets, c’est-à-dire une analyse détaillée du contenu des poubelles de notre territoire. Réalisée par le bureau d’études ECOGEOS, cette étude a révélé que nos poubelles sont composées d’un tiers d’ordures ménagères résiduelles (OMR), un tiers de déchets recyclables qui pourraient être déposés dans les PAV (bac jaune), et malheureusement d’un tiers de biodéchets, qui n’ont plus leur place dans ces bacs depuis le 1er janvier 2024.

Avec ces données en main, la collectivité peut désormais évaluer les actions nécessaires pour alléger le poids de nos poubelles et répondre aux nouvelles obligations en matière de gestion des biodéchets.

Dans la droite ligne de cette enquête, quelles pistes explorez-vous pour sensibiliser les habitants à réduire leur production de déchets et trier de manière plus efficace et systématique ?

Parmi les actions envisagées pour réduire le poids des poubelles, plusieurs initiatives sont en cours de mise en œuvre. Tout d’abord, la CCCE propose aux administrés des kits de compostage individuels comprenant des composteurs, bio-seaux et mélangeurs, afin de faciliter le tri des biodéchets à domicile.

Ensuite, un système de compostage collectif peut être instauré dans les communes volontaires, offrant une solution de proximité pour les habitants ne disposant pas de jardin ou d’espace pour un compost individuel. Par ailleurs, il est prévu d’optimiser le maillage, déjà dense, des Points d’Apport Volontaire (PAV), permettant aux citoyens de déposer leurs biodéchets de manière encore plus accessible.

Une autre mesure clé est la mise en place de la Redevance Spéciale (RS) dans les années à venir. Cette redevance, destinée aux gros producteurs de déchets (publics ou privés), vise à encourager une réduction de la quantité de déchets produits, selon le principe bien connu que «le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas».

Enfin, le recrutement de nouveaux agents viendra renforcer ces efforts. D’une part, un ambassadeur de tri sera chargé de la communication et de la sensibilisation auprès des habitants pour les inciter à mieux trier leurs déchets. D’autre part, un agent dédié à la mise en œuvre de la Redevance Spéciale sera recruté pour assurer son bon fonctionnement et sa gestion efficace.

Vous avez présenté en février dernier la nouvelle mouture du projet de réaménagement de la déchetterie de la CCCE. Pouvez-vous nous en présenter les principaux axes ?

Le site de la déchetterie de Dinard Mon Repos, géré par la CCCE, est particulièrement fréquenté avec environ 200 000 passages annuels. En raison de cette affluence, il est essentiel que ce lieu soit à la fois accueillant, bien organisé et pédagogique pour les usagers.

Ce site accepte de nombreux flux de déchets, répondant ainsi aux besoins variés des administrés. Toutefois, les professionnels du bâtiment ont récemment été exclus pour les apports de matériaux de chantier, comme les gravats, grâce à l’installation d’un portique limitant la hauteur des véhicules, car des filières adaptées existent déjà sur le territoire. En revanche, les professionnels du jardinage continuent d’avoir accès à la plateforme dédiée aux déchets végétaux.

En 2023, des améliorations ont déjà été apportées avec la mise en service d’une aire de lavage et le réaménagement de la zone d’apport des déchets verts.

La modernisation du site se poursuit avec la construction d’un hangar pour abriter les Bennes à Ordures Ménagères (BOM), afin d’améliorer encore l’organisation et la gestion des flux de déchets.

Parmi les travaux votés, figurent notamment ceux d’une recyclerie. Pouvez-vous revenir, dans les grandes lignes, sur la genèse de ce projet ?

C’est en constatant que notre territoire générait une grande quantité de déchets qui ne méritaient pas d’être simplement jetés que l’idée de créer une recyclerie est née, s’inscrivant pleinement dans notre projet de territoire.

Ce projet vise à détourner des objets destinés à l’abandon en les récupérant en amont des filières de gestion des déchets. Il s’agit également de promouvoir l’allongement de la durée de vie des produits à travers des actions pédagogiques, des ateliers et des animations, tout en encourageant les pratiques de l’économie circulaire. La création de cette recyclerie répondrait à plusieurs enjeux.

Elle offrirait à la population de nouvelles solutions pour une consommation durable et responsable, en cohérence avec les principes de l’économie circulaire et du développement durable. L’objectif est de promouvoir une consommation plus adaptée aux besoins réels, notamment via l’économie de fonctionnalité, de favoriser la cohésion sociale et de créer des synergies sur le territoire.

En allongeant la durée d’usage des objets, la recyclerie contribuerait à réduire les déchets tout en «créant du lien social». Pour concrétiser ce projet, un bureau d’études a été missionné afin de proposer différents scénarios pour sa mise en œuvre.

Cette étude prend en compte plusieurs aspects : la présence d’acteurs existants sur le territoire, tels qu’Emmaüs, Bat Récup ou Pignons sur Rue, les flux potentiels d’objets récupérables (meubles, électroménagers, matériel de jardinage, jouets, équipements de sport, etc.), la possibilité de réparation des objets, ainsi que les sites potentiels pour accueillir la recyclerie.

Grâce à ces éléments, la CCCE est maintenant en quête d’un site approprié pour installer la recyclerie, que ce soit un terrain ou, idéalement, un bâtiment vacant ou à vendre.