Entretien avec

Michel AOUSTIN, Président de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Bretagne

Forte d’un bataillon de plus de 91 000 entreprises artisanales, la chambre de métiers et de l’artisanat de Bretagne œuvre à la bonne tenue et au développement d’un écosystème en proie à diverses transformations qu’elles soient écologiques ou numérique. Tout en campant un rôle de « vigie » sur des problématiques sensibles, à l’instar de la diminution du financement des contrats d’apprentissage.

Pouvez-vous nous décliner la mission et les prérogatives de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Bretagne ?

L’artisanat breton compte plus de 91 000 entreprises artisanales et entrepreneurs individuels répartis dans toutes les communes de Bretagne. La mission de la CMA Bretagne est d’accompagner les artisans à différents stades de leur parcours. Tout d’abord, lors de la création ou de la reprise d’une entreprise, en étant aux côtés des 10 000 porteurs de projet qui se lancent chaque année dans l’entrepreneuriat. Ensuite, dans le développement de leur activité, en soutenant les artisans à chaque étape de la vie de leur entreprise, y compris face aux difficultés. Nous les aidons à s’adapter aux évolutions indispensables, notamment grâce à des plans d’action dédiés aux transitions numérique et environnementale. Nous intervenons également lors de la transmission d’entreprise.

En outre, la CMA Bretagne joue aussi un rôle clé dans la construction de l’artisanat de demain. Chaque année, nous formons 7 300 apprentis aux métiers de l’artisanat dans des cursus préparant à 105 diplômes différents, du CAP au Bac+3, dans 11 filières professionnelles. Nous offrons également des formations continues adaptées aux besoins des entreprises artisanales et aux évolutions des métiers, que ce soit à travers des formations courtes en organisation d’entreprise ou en techniques professionnelles, des formations diplômantes et qualifiantes, ou des parcours de reconversion professionnelle. Par ailleurs, la CMA Bretagne relaie les intérêts des artisans bretons auprès des instances locales, régionales et nationales, et assure la promotion de l’artisanat ainsi que de l’apprentissage.

Comment la CMA contribue de manière directe à la vitalité du territoire ?

La CMA Bretagne travaille en étroite collaboration avec les EPCI bretons (Etablissement Public de coopération Intercommunal) pour adapter ses actions au besoin de chaque territoire. En outre, des conventions de partenariat sont nouées avec de nombreux EPCI pour mener des études afin de mieux connaître les besoins de l’artisanat de chaque territoire et pour déployer des actions adaptées à leurs besoins, telles des formations.

Nous pouvons ainsi décliner des accompagnements, en faveur des entreprises, ciblés et co-construits avec les collectivités. Par ailleurs, avec plus de 140 artisans élus et membres associés de la CMA Bretagne et 34 sites implantés sur le territoire, la CMA est au plus près et à l’écoute des besoins des artisans bretons.

Vous avez tiré la sonnette d’alarme concernant la baisse relative au financement des contrats d’apprentissage. Quelle est la situation aujourd’hui ?

La situation du financement de l’apprentissage reste tendue. Pour l’heure, nous maintenons notre équilibre financier car la baisse décidée en septembre 2023 s’appliquera pleinement à partir de septembre 2024. Si cette baisse du financement des contrats d’apprentissage est confirmée, elle est injuste car elle touche proportionnellement plus les formations manuelles que celle dans les amphithéâtres.

Nous sommes des passionnés de la sauvegarde des savoir-faire mais nous sommes aussi des entrepreneurs donc des gestionnaires. Pour ne pas nous retrouver dans une impasse économique, cette baisse impactera donc notre offre de formation que nous commencerons à réduire à contre-cœur à la rentrée.

Nous comprenons la nécessité d’engager collectivement une réduction des déficits de notre Pays, mais nous pensons que cela ne doit pas impacter plus que les autres la formation de notre jeunesse qui ne prend pas la voix des études supérieures.

On peut s’épanouir et réussir dans la vie par l’excellence du travail manuel. Inutile de se dire fiers de la sauvegarde des savoir-faire d’excellence à la française comme pour la restauration de Notre Dame si c’est pour casser les outils de formation dédié à la transmission du beau geste.

La formation par l’apprentissage, fait partie de l’ADN de nos Chambres de Métiers et de l’Artisanat. Depuis toujours nous formons les générations aux métiers de l’artisanat ; il en va de l’avenir de nos métiers mais aussi de nos entreprises ; car les jeunes formés aujourd’hui seront les artisans de demain.

À l’heure où bon nombre d’entreprises peinent à recruter pour nos métiers, le sens de l’histoire doit nous conduire à renforcer notre mission de formation. Si la formation au savoir-faire d’excellence est une priorité nationale, cela ne peut pas passer par une réduction des budgets plus importantes que dans d’autres secteurs

Parmi les filières qui peinent à attirer des candidats figurent en première ligne l’hôtellerie-restauration ou encore la boucherie-charcuterie. Comment remédier à cette situation ?

Il faut agir sur un double curseur, renforcer l’attractivité de ces métiers auprès des jeunes et accompagner les entreprises au recrutement. Il faut ainsi davantage promouvoir ces métiers pour inciter les jeunes à choisir de s’y former.

Face aux difficultés de recrutement, les salaires ont été revalorisés. Les rythmes de travail adaptés avec les nouvelles attentes post-covid.

L’artisan se transforme et il faut le faire savoir. Cela passe par de la sensibilisation, de la communication pour une meilleure connaissance de la réalité du métier, et ce très en amont, dès le collège, même si le choix d’orientation peut se faire plus tard.

Mais il convient également d’accompagner les entreprises au recrutement, notamment en les incitant à accueillir des apprentis dans ces métiers ; car prendre un apprenti est la meilleure façon de recruter !

Pour cela, les aides aux entreprises allouées pour le recrutement en apprentissage doivent être impérativement pérennisées.

Quelles sont les projets significatifs impulsés par la CMA à venir à horizon 2025 ?

Les CMA ont été fortement impactées par plusieurs réformes ces dernières années : fin des formations obligatoires pour les créateurs-repreneurs, fin du répertoire des métiers au profit du répertoire national des entreprises, création du guichet unique en ligne…

Tout l’enjeu pour nos CMA est donc de redéfinir le lien naturel avec nos porteurs de projet et nos entreprises pour continuer à proposer aux artisans un accompagnement de qualité à l’heure de la digitalisation de toutes les démarches.

Nous avons ainsi déployé une plateforme relations clients et veillons à renforcer les visites en entreprises et à proposer des outils digitaux de contacts (sites internet avec formulaires et liens de contacts) …

Par ailleurs, nous fêterons, en juillet 2025, les 100 ans du réseau des Chambres de Métiers. 100 ans au service des artisans, de l’apprentissage.

Pour l’occasion, la CMA Bretagne déclinera un programme de promotion et de valorisation de nos artisans bretons. Nous préparons de belles surprises pour l’occasion.

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