Inaugurée le 8 mars 2023, la Maison des femmes de Dreux se présente une avancée majeure en matière de soutien et d’accompagnement des femmes, notamment celles victimes de violences. Pensée comme un lieu à la fois protecteur et structurant, elle réunit en un même espace des professionnels et des associations pour offrir une prise en charge globale et continue.
Pouvez-vous revenir, dans les grandes lignes, sur la genèse de la Maison des Femmes, installée à Dreux depuis le 8 mars 2023 ?
La création de la Maison des femmes de Dreux s’inscrit dans une volonté politique forte. C’est le maire qui a initié cette démarche en mettant en place une délégation dédiée aux droits des femmes, une première pour la ville. L’objectif principal était d’ouvrir un lieu d’accueil et d’accompagnement, un espace structuré pour répondre aux besoins des femmes.
Ce projet repose sur un constat clair : bien que de nombreuses initiatives existaient sur le territoire, portées par des associations et des professionnels engagés, deux difficultés majeures persistaient. Tout d’abord, il manquait une prise en charge professionnelle permettant d’établir un diagnostic social global.
Ensuite, l’accompagnement des femmes était souvent fragmenté : une personne orientée vers une structure pour un problème donné se retrouvait ensuite envoyée ailleurs pour une autre difficulté, ce qui entraînait une perte de suivi et, trop souvent, un abandon du parcours d’accompagnement.
L’idée a donc été de créer un lieu unique où les différents partenaires tiendraient des permanences régulières, au lieu de recevoir individuellement dans leurs locaux respectifs.
La Maison des femmes accueille ainsi des acteurs clés comme France Victimes 28 ou les CIDFF (Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles ndr), qui assurent des permanences fixes et hebdomadaires, garantissant une prise en charge plus fluide et continue.
Pour évoquer l’organisation de la Maison des femmes, vous filez la métaphore anatomique, arguant que cette dernière fonctionne grâce à « sa tête, ses deux bras et ses deux jambes ». Pouvez-vous nous décliner son fonctionnement ?
Tout à fait. Pour entrer dans le détail, Ses deux jambes représentent ses objectifs fondamentaux. Le premier est la lutte contre les violences faites aux femmes, une problématique nationale qui se traduit aussi au niveau local.
Le second est l’accompagnement des femmes dans leur quotidien, que ce soit pour des difficultés spécifiques ou pour favoriser leur insertion professionnelle, dans une logique d’émancipation par l’emploi et les échanges sociaux. Ses deux bras correspondent à ses modes d’action.
D’un côté, il y a les permanences tenues par les partenaires institutionnels et professionnels, qui assurent un suivi sur divers aspects comme le soutien juridique, l’accès aux droits, ou encore l’accompagnement social.
De l’autre, il y a les ateliers proposés aux femmes, avec une approche bien spécifique. Il ne s’agit pas simplement de «consommer» un atelier comme un loisir, mais de lever des freins ou de développer des compétences.
Par exemple, un atelier de couture ne sera pas conçu comme une simple activité manuelle, mais comme un moyen d’aider à la reconstruction et à la confiance en soi.
Enfin, la tête de cette structure est son équipe, composée d’un adulte relais financé par l’État, d’une responsable de la Maison des femmes, et d’un agent de l’Île-de-Dreux.
Qui sont les autres acteurs pleinement impliqués dans ce projet et entretenez-vous des synergies avec d’autres partenaires ?
Parmi les autres acteurs impliqués, on retrouve la directrice adjointe du CCAS, une médiatrice sociale, une chargée de mission, ainsi qu’une conseillère en économie sociale et familiale.
Les partenaires sont nombreux et variés : outre France Victimes 28 et le CIDFF, on compte aussi la PMI, la mission locale, des structures d’accompagnement à la création d’entreprise comme la DGE (direction générale des entreprises) et l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique), et plusieurs acteurs du secteur social.
La Maison des femmes a été inaugurée le 8 mars 2023. Son emplacement a été soigneusement choisi : installée dans une ancienne crèche, elle se trouve à proximité de l’école Saint-Martin et derrière le musée de la ville de Dreux.
Ce positionnement permet à la fois une accessibilité en transports en commun et une discrétion essentielle pour les femmes qui souhaitent s’y rendre sans attirer l’attention.
Comment sensibiliser le grand public, notamment les plus jeunes, à ces problématiques de violences faites aux femmes ? De quels moyens d’actions disposez-vous pour cela ?
Au-delà de l’accueil et du soutien direct aux femmes, la Maison des femmes mène également un travail de sensibilisation auprès du grand public.
Un aspect essentiel de son action est de faire parler de la condition féminine et de lutter contre les discriminations et les violences. L’un des projets phares en ce sens est mené en collaboration avec la cité éducative : les «battles poétiques».
Ce dispositif s’adresse aux collégiens de troisième, qui rédigent des poèmes sur des thématiques qu’ils choisissent, avant de les déclamer en musique devant un public.
Ces thématiques tournent souvent autour du harcèlement, des violences faites aux femmes, ou encore du racisme et des discriminations. L’objectif est double : sensibiliser les jeunes et les amener à devenir, à leur tour, des ambassadeurs des valeurs portées par la Maison des femmes.
Quelles sont les perspectives de la Maison des femmes à moyen terme ?
Depuis son ouverture, la Maison des femmes a connu une croissance rapide de son activité. En décembre 2023, après seulement neuf mois d’existence, elle comptabilisait 610 interactions, avec 208 femmes accompagnées.
En juin 2024, ces chiffres avaient déjà doublé, atteignant une moyenne de plus d’une centaine de passages par mois. En 2023, 110 permanences ont été assurées, 93 ateliers collectifs organisés et 76 accompagnements spécifiques réalisés, impliquant une prise en charge pluridisciplinaire.
Un des points notables est la diversité croissante du public accueilli. Si, au départ, les femmes reçues venaient principalement du centre-ville, la fréquentation s’est progressivement étendue à d’autres quartiers de Dreux et à son agglomération. Aujourd’hui, environ 60 % des bénéficiaires proviennent des quartiers prioritaires de la ville.
Parmi les grandes perspectives pour 2024, l’un des axes majeurs est l’instauration d’un dispositif de dépôt de plainte au sein même de la Maison des femmes, en partenariat avec les forces de l’ordre. L’extension des actions hors les murs est également un objectif clé.
Cela passe par une présence renforcée sur les marchés et dans les quartiers, notamment via le «Proxibus», un bus pluridisciplinaire qui permet d’aller à la rencontre des femmes là où elles se trouvent.
Enfin, un dernier point, souvent sous-estimé mais essentiel, est l’importance accordée à l’aménagement du lieu. Dès la conception de la Maison des femmes, une décoratrice d’intérieur a été sollicitée pour créer un espace où les femmes puissent se sentir en sécurité et protégées. Car, au-delà de l’accompagnement et des services proposés, une maison, c’est avant tout un refuge.





