« Très factuellement, de la même façon qu’il y a toujours eu des médecins chez les sapeurs-pompiers, on en comptait déjà 28 parmi les 6000 « vigiles du Feu » de la Rome Antique, le secours d’urgence, la prise en charge efficiente et rapide des blessés par les sapeurs-pompiers ont toujours été une réalité, y compris dans le fait de prodiguer des premiers soins, ce plus encore depuis les années 50 (…) Ce n’est qu’au milieu des années 70 que sont nés les Services d’Aides Médicales d’Urgence »
Vous êtes Médecin-Chef du SDIS 50, Vice-président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), chargé des secours et soins d’urgence aux personnes et du SSSM. Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel au sein des sapeurs-pompiers ?
J’avais choisi d’embrasser la voie médicale avec une spécialisation très claire pour la médecine d’urgence et la réanimation préhospitalière. Dans le cadre de mes études de médecine, j’ai fait en cinquième année un stage en au SMUR 63. C’était l’une des premières plateformes communes SAMU –CODDIS. Cela m’a donné envie de faire mon service militaire au sein de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris. J’ai ensuite été médecin hospitalier à Moulins puis à Nevers en 1997, tout en étant volontaire chez les sapeurs-pompiers avant d’intégrer progressivement pleinement ce corps de métier, tout d’abord en contractuel avant de devenir professionnel au SDIS de la Nièvre
Parallèlement, dans le cadre de mes études de médecine, j’ai fait le choix de me spécialiser dans de nombreux champs de l’urgence et du secours, tel que la médecine de catastrophe. J’ai notamment obtenu un diplôme de Directeur des secours médicaux (DSM) ou encore de plongée, hyper-barre. Je me suis aussi perfectionné en médecine sapeur-pompier et j’ai passé plus tard un master 2 de santé publique. J’ai en outre enseigné à l’École Nationale Supérieure des Officiers de sapeurs-pompiers.
Les études et les formations sont toujours venues compléter l’expérience de terrain que ce soit dans le cadre des SDIS ou d’événements majeurs, à l’image du séisme à Port-au-Prince, en Haïti. J’y ai été Directeur médical d’hôpital lors du tremblement de terre, rattaché à la Direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises du Ministère de l’Intérieur. Il s’agissait de coordonner au niveau médical les équipes multidisciplinaires et multinationales. De façon très pragmatique, les sapeurs-pompiers et les médecins sont animés par les mêmes valeurs. Il s’agit d’aider l’Autre.
Quelles sont aujourd’hui vos missions au sein du SDIS 50 ?
Mon rôle de médecin est bien évidemment dominant puisque je coordonne notre équipe médicale, qui compte dans la Manche, près de 150 intervenants avec notamment trois médecins professionnels, 45 volontaires, un cadre de santé professionnel, trois infirmiers professionnels et 95 volontaires, 3 pharmaciens professionnels et 6 volontaires, ainsi que 8 vétérinaires volontaires.
Nous avons aussi à nos côtés des psychologues, sage-femmes, diététiciens, ou encore kinésithérapeutes. Dans le cas des secours et soins d’urgence nous armons des VLI et de l’hélicoptère de la Sécurité civile tous les jours pour un médecin et un infirmier sapeur-pompier.
Les besoins en termes d’urgence et de secours sont-ils très différents d’un territoire à l’autre ?
Chaque territoire a ses spécificités, avec des différences significatives entre les zones rurales et urbaines, avec davantage d’accidents agricoles et de la route dans les premières et de tentatives de suicide dans les secondes.
La Manche est, quant à elle en outre, un département sensible en termes de risques nucléaires avec la présence de l’usine de retraitement de la Hague, d’un centre de stockage des déchets mais aussi de la centrale nucléaire de Flamanville, ou encore de l’arsenal de Cherbourg, constructeur de sous-marins nucléaires.
Parallèlement, nous sommes exposés à de nombreux risques qu’il s’agisse de la façade maritime ou du dérèglement climatique. En deçà des accidents liés à notre environnement, pour lesquels les risques sont connus, nous sommes sur ce territoire confrontés à un nombre conséquent de pathologies cardio-vasculaires, et à une croissance de tendances suicidaires.
De la même façon, en raison notamment des petites routes, l’accidentologie est assez élevée. Cela implique que nous soyons présents pour apporter les secours et soins d’urgence dès lors que nous sommes appelés sur ce type de situation.
La loi du 25 novembre 2021, dite loi Matras, modifie t-elle ou élargit-elle vos champs d’action ?
Très factuellement, de la même façon qu’il y a toujours eu des médecins chez les sapeurs-pompiers, on en comptait déjà 28 parmi les 6000 « vigiles du Feu » de la Rome Antique, le secours d’urgence, la prise en charge efficiente et rapide des blessés par les sapeurs-pompiers ont toujours été une réalité pour notre corps de métier, y compris dans le fait de prodiguer des premiers soins, ce plus encore depuis les années 50.
Si les secours préhospitaliers ont commencé à s’organiser après la fin de la deuxième guerre mondiale, entre l’épidémie de poliomyélite des années 50, la croissance de l’accidentologie routière, les médecins hospitaliers n’ont quelque part eu d’autres choix dans un premier temps que de se tourner vers les trois services de secours qui existaient déjà et avaient une véritable expertise dans ce domaine, à savoir la Croix Rouge, Police Secours et les sapeurs-pompiers. Dans le même temps, des médecins rejoignaient les sapeurs-pompiers, permettant d’assurer une prise en charge toujours plus éclairée des blessés de la route. Ces entités avaient en outre d’ores et déjà une organisation quasi moderne.
Plus encore, ce n’est qu’au milieu des années 70 que sont nés les Services d’Aides Médicales d’Urgence (SAMU) auxquels certains sapeurs-pompiers appartenaient pleinement de notre histoire. Certes, tous n’étaient pas médecins, tous ne le sont pas aujourd’hui mais nous avons eu dans nos rangs de grands précurseurs de la spécialité qu’est la médecine d’urgence, avec des règles fondées sur l’expérience, qui font aujourd’hui référence, ne serait-ce que concernant le déplacement des blessés en un seul bloc pour limiter l’aggravation du risque de lésions de la moelle épinière.
Il n’en demeure pas moins que la loi Matras reconnaît officiellement les sapeurs-pompiers comme des techniciens de soins d’urgence, ce qui est le cas puisque cela fait partie des premières formations. Dès les années 2000, ils ont d’ailleurs été notamment habilités à réaliser la défibrillation semi-automatique en cas d’arrêt cardiaque. Incontestablement, certaines mesures de cette loi n’en sont pas moins pour les sapeurs-pompiers des avancées majeures. Elles nous redonnent de fait de nouvelles lettres de noblesse et reconnaissent notre expertise et nos compétences.
En quoi la prévention et l’anticipation sont-elles au cœur de votre métier ?
Elle sont à la fois notre cœur de métier en tant que médecin mais aussi en tant que sapeur-pompier, que ce soit en interne, car il nous incombe de veiller à la santé des femmes et des hommes à nos côtés, mais aussi auprès des populations. Nous menons et participons ainsi à d’importantes actions de prévention qui concernent tous les risques auxquels elles peuvent être exposées, qu’il s’agisse d’accidentologie ou de pathologies.
Comment partagez-vous vos retours d’expérience à l’échelle locale et nationale?
Nous travaillons de concert tant en local qu’à l’échelle nationale, avec les fédérations, syndicats, acteurs des secours d’urgences et de la Sécurité civile afin d’échanger sur les bonnes pratiques et d’améliorer tous à notre niveau les prises en charge, qu’elles soient médicales ou organisationnelles.
Nous développons des partenariats efficients, comme par exemple avec le SMUR. Nous poursuivons les mêmes objectifs : le bien commun, une amélioration constante de la prise en charge de la population, une mutualisation à la fois des besoins et des moyens qu’ils soient humains ou matériels, qui permet de sauver des vies.
Quels sont aujourd’hui vos principaux défis pour la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France ?
Notre voix est entendue et notre expertise reconnue, mais il nous faut résonner encore davantage, que ce soit au niveau des instances décisionnelles ou du grand public.
Qui plus est, nous avons besoin de toujours plus de volontaires, quelle que soit la spécialisation. Le secteur médical et paramédical en a bien évidemment besoin, plus encore peut-être lorsque le secteur sanitaire est en proie à une crise existentielle, due à la désertification.
Les sapeurs-pompiers interviennent partout dans les territoires et rassemblent toutes les compétences et expertises, indispensables pour aider, et porter secours à nos populations.
Quelque part, médecins et sapeur-pompiers adhèrent pleinement aux bases du serment d’Hippocrate :
« Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. »






