Jeux Paralympiques : le match retour

Entretien avec

Ludivine Munos, Responsable de l’Intégration Paralympique

«Aujourd’hui, nous ne dissocions plus l’équipe olympique de la paralympique, nous avons une équipe olympique unique qui rassemble l’ensemble des sportifs de haut niveau qui participent aux jeux. Nous parlons performance et non plus handicap.»

Pouvez-nous nous raconter votre parcours ?

Je suis une ancienne nageuse paralympique. Durant ma vie de sportive de haut niveau, j’ai remporté douze médailles paralympiques, dont trois d’or. C’est peu dire que l’aventure que représente les Jeux Olympiques et Paralympiques m’a façonnée pour beaucoup et n’a jamais cessé de m’habiter.

Lorsque par la suite j’ai entamé mon parcours professionnel dans les ressources humaines au sein de gros groupes comme EDF, je ne les ai pas pour autant laissé derrière moi. Lorsque l’on a vécu des choses aussi intenses, on ne tourne jamais le dos aux JOP pour maintes raisons. En premier lieu, il est question de passion. Lorsque l’on a été sportive de haut niveau et été partie prenante dans les jeux olympiques et paralympiques, elle reste intacte.

En second lieu, le vécu des JOP, plus encore lorsque l’on en a vécu 12, fait naître en soi des ressources de dépassement de soi incroyable, qui sont des atouts au quotidien à la fois dans la vie de tous les jours mais aussi professionnellement.

Enfin, l’aventure des JOP a un côté tellement magique, que ce soit au niveau des relations humaines, que de l’adrénaline, de l’émulation incroyable qu’ils engendrent ou de la transcendance, qui fait que l’on dépasse toutes ses limites, qu’ils palpitent inlassablement au fond de nous, au point que l’on ait envie que le plus grand nombre puisse lui aussi s’y immerger.

Y a-t-il eu des évolutions selon vous ces dernières années dans la vision portée sur le paralympisme ?

L’ensemble de la société a évolué sur les sujets du handicap et par là-même du paralympisme, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Dès les prémices de la candidature de ces JOP2024, un chemin différent se dessinait, avec la nécessité d’un coup d’accélérateur sur certains sujets comme le paralympisme et l’accessibilité universelle.

Parallèlement, nous observons qu’il est une véritable évolution dans la perception que le grand public a aujourd’hui des jeux paralympiques. Ainsi, dans une enquête très récente, 65 % des personnes interrogées ont répondu qu’ils portaient un intérêt aussi grand aux Jeux Paralympiques qu’aux Jeux Olympiques.

C’est me semble t-il une avancée importante car ils ont gagné le cœur des gens. Qui plus est aujourd’hui, nous ne dissocions plus l’équipe olympique de la paralympique, nous avons une équipe unique qui rassemble l’ensemble des sportifs de haut niveau qui participent aux jeux. Nous parlons performance et non plus handicap.

Quelles sont vos missions au cœur du comité Olympique ?

En tant que Responsable de l’Intégration Paralympique, je dois veiller à une accessibilité universelle maximale. L’un des premiers volets de mes missions est celui-ci.

Il n’est pas hasard si Paris 2024 s’est doté d’une équipe accessibilité universelle des jeux, qui se mobilise sur tous les champs des possibles, avec une approche éminemment transversale, en lien direct avec notre slogan « Ouvrons Grand les Jeux ! ».

Cela signifie que nous accompagnons l’ensemble des directions et différentes unités des jeux, du recrutement des salariés et bénévoles, à l’accueil des spectateurs en passant par l’organisation logistique.

L’accessibilité universelle et l’ouverture des Jeux, c’est tout autant recruter des salariés et des bénévoles en situation de handicap que permettre à des personnes en situation de handicap d’accéder aux sites des Jeux dans les meilleures conditions possibles. Nous portons ainsi une attention particulière au parcours spectateur.

Aujourd’hui quel que soit le secteur, qu’il s’agisse des juges, des arbitres, du staff administratif, technique ou encore des volontaires, les personnes en situation de handicap sont pleinement intégrées dans le déroulement et l’organisation de ces JOP2024. Ils sont ainsi plus de 3000 mobilisés à nos côtés pour faire de ces Jeux un succès.

L’une de mes autres missions prioritaires est aussi d’accompagner la communication externe qui sera une part importante de l’héritage des jeux quant à la mise en valeur des performances du paralympisme afin de créer une véritable émulation autour de cette deuxième partie des jeux, qui est pour nous le match retour.

Pour ce faire, nous rendons ces Jeux accessibles à toutes et tous, quelles que soient les contraintes, financières, sociétales ou l’autonomie. Cela veut dire que dans ce cadre, pour 15 euros, tout un chacun pourra assister aux compétitions paralympiques et aux cérémonies d’ouverture.

Le Paralympisme n’est pas du sport de haut niveau, à l’ombre de l’Olympisme, il est du sport de haut niveau dans lequel domine la performance, la transcendance, le dépassement de soi.

En quoi le paralympisme fait-il évoluer le regard sur le handicap dans la société ?

Il a fait incontestablement évoluer le regard, modifiant nombre d’idées reçues quant à la possibilité de pratiquer un sport tout en étant en situation de handicap, ce dès le plus jeune âge.

Pour citer mon cas personnel, j’ai découvert ma passion pour la natation à 8 ans. Lorsque je suis entrée au collège, on m’a dispensé de sport. J’ai vécu cela avec frustration comme une terrible injustice qui me mettait au ban d’une scolarité normale alors que j’étais parfaitement capable d’avoir une activité sportive.

Les enfants ont besoin d’un sentiment d’appartenance à un groupe. Or, les dispenser de pratique sportive, c’est quelque part les exclure. Je n’étais pas la seule dans ce cas.

Combien avons-nous été à subir cette forme de discrimination, qui se veut en théorie protectrice et bienveillante, qu’est la dispense de sport pour cause de handicap alors que nous sommes généralement dans les faits en mesure de le pratiquer, de quelque façon que ce soit ?

Qui plus est, nous savons avec certitude que le sport favorise le développement personnel dont tout enfant a besoin.

Plus encore, il permet souvent d’effacer le handicap, en faisant dominer l’appartenance à un groupe, à une équipe soudée. Il développe les valeurs de fraternité. L’intégration d’un enfant en situation de handicap est vecteur de cohésion.

L’exemple qui me vient à l’esprit est celui d’Ugo Didier, qui est né avec une malformation, et ne peut par là-même ni courir, ni sauter, alors que dans l’eau, il dépasse son handicap. Elle est cet élément dans lequel il s’épanouit pleinement. Athlète d’exception, il se réalise dans le sport tout en menant de front un cursus supérieur d’excellence. Loin des idées reçues, le sport permet ainsi à tout un chacun de se réaliser que l’on soit ou non en situation de handicap.

Il faut ainsi convaincre tout autant la famille que les professeurs, que protéger et veiller sur l’enfant, loin des peurs, qui ne sont pas forcément fondées, c’est au contraire lui permettre d’avoir des activités sportives.

Il me semble évident que le paralympisme a permis de faire évoluer ces idées reçues et qu’aujourd’hui, on favorise davantage la pratique sportive pour les enfants en situation de handicap. Les athlètes paralympiques sont devenus des exemples, la preuve que tout est possible.

Depuis 8 années, nous conduisons avec le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse la Semaine Olympique et Paralympique, qui vise précisément à la promouvoir et à mobiliser la communauté éducative autour des valeurs citoyennes et sportives.

Nous avons pu ainsi changer le regard, faire bouger les lignes, et il est maintenant acquis que la pratique sportive ne doit plus être vecteur d’exclusion mais d’inclusion.

Quels sont vos principaux défis aujourd’hui ?

D’une façon très basique, nous voulons que les Jeux Paralympiques suscitent autant l’enthousiasme du public que les Olympiques.

Pour ce faire, nous lui ouvrons grand les portes de cette fête extraordinaire, dans des lieux emblématiques comme l’Arena Champs de mars, les Invalides ou encore le Château de Versailles avec une billetterie pour toutes les bourses à partir de 15€ pour les phases de poule et à partir de 25€ pour les plus grandes finales.

Nous avons aussi déployé un programme de billetterie dédié aux groupes qu’il s’agisse des associations, des entités scolaires ou encore des centres de loisirs.

J’invite tout un chacun à se rendre sur la plateforme dédiée ou à contacter billetterie-groupes@paris2024.org et à venir assister à ces merveilleux instants d’émotion pure aux côtés de ces sportifs de haut niveau.

Quels sont ceux qui représentent la France en cette année olympique ?

À ce jour 12 athlètes en Para athlétisme et Para natation ont été sélectionnés : Timothée Adolphe, Gloria Aglemanon, Arnaud Assoumani, Valentin Bertrand, Manon Genest, Nantenin Keita, Charles-Antoine Kouakou, Trésor Gautier Makunda, Badr Touzi, Laurent Chardard, Ugo Didier et Alex Portal.

On attend que le public les porte et les soutienne avec une ferveur immense. La finale des JOP2024 ne se joue pas à l’issue des Jeux Olympiques, elle est sur le podium des Jeux Paralympiques.