Ouvrons grand les Jeux : du concept à la réalité

Entretien avec

Romain Lachens, Directeur de l’engagement chez Paris 2024

« Un élan est né. Il ne s’arrêtera pas mais montera au contraire en puissance. Nous allons accueillir le monde entier avec l’ensemble de ces valeurs nouvelles et renouvelées, qui s’expriment partout dans nos territoires, nous concernent toutes et tous, et seront sources d’exemples et d’inspiration. L’héritage de ces jeux va bien au-delà de nos frontières. C’est un peu la naissance d’une société nouvelle. Tel est notre engagement ! »

Vous êtes Directeur de l’engagement Paris 2024. Quels sont vos champs d’actions ?

J’ai rejoint le comité de candidature Paris 2024 en 2015 avec pour mission de mobiliser le mouvement sportif. Dès novembre, la mobilisation était là et s’étendait rapidement très au-delà, avec un engagement de nombreuses autres communautés, partout dans les territoires. D’emblée, les jeux étaient « grands ouverts », pour reprendre le slogan de ces Jeux Olympiques et paralympiques.

L’engagement, est le symbole de cette mobilisation sans précédent, à laquelle nous avons voulu donner les moyens de se concrétiser, en permettant à la France entière de profiter de leur dynamique, qu’il s’agisse des associations, des collectivités ou bien sûr du grand public, sans oublier les personnalités venant d’horizons très différents qui sont à nos côtés.

Nous avons ainsi en relayeurs de la Flamme des capitaines connus de toutes et tous comme les champions olympiques de natation Laure et Florent Manaudou mais aussi Jamel Debbouze et Thomas Pesquet ou encore le chef Thierry Marx, qui incarnent toutes et tous le talent de la France, se rassemblent autour d’elle pour ces Jeux d’exception.

Quels en sont les enjeux ?

Les enjeux sont bien évidemment de démultiplier l’émulation autour de ces Jeux, mais il est plus largement question de renouveler la place du sport dans la vie des françaises et des français, quels qu’ils soient, où qu’ils soient.

Les JOP sont un véritable levier pour créer l’envie. Il ne s’agit pas seulement de faire naître des vocations mais de faire entrer la pratique du sport dans le quotidien.

Il n’est pas de hasard si dans la dynamique des Jeux Olympiques et Paralympiques, le Président de la République a décrété la promotion de l’Activité Physique et Sportive comme Grande Cause Nationale 2024, avec notamment le slogan « 30mn d’activité physique et sportive minimum chaque jour ! «Bouge ! », qui est en phase parfaite avec nos objectifs.

Il est tout aussi évident que pour relever ce défi, il nous fallait créer des outils pour rendre le sport accessible à toutes et tous.

En pratique, quelles initiatives spécifiques ont été mises en place pour les JOP 2024 ?

Concernant le grand public, fidèles à notre slogan « Ouvrons Grand les Jeux ! », nous avons lancé le 21 juillet 2020 le Club Paris 2024 à destination du grand public, qui est une plateforme interactive, avec pour objectif de créer une communauté autour des Jeux Olympiques, en lui permettant notamment d’interagir et de s’engager au fil d’activités, de challenges et de défis à relever.

Le succès a été absolument incroyable et nous comptons actuellement près de 5 millions de membres. Dans les faits, il ne s’agit aucunement d’engagement virtuel, nos membres sont ainsi pleinement entrés dans les Jeux.

En effet, ces membres reçoivent à la fois des informations sur les JOP en avant-première mais peuvent aussi participer à des défis sportifs, gagner toutes sorte de récompenses en réalisant des missions, gagner des dossards, qui leur permettent d’être partie prenante dans certains événements, comme le Marathon pour tous le 10 Août, de faire partie des supporters de terrain sur les évènements et de rencontrer des athlètes de haut-niveau..

Certains d’entre eux, ont ainsi pu découvrir les sites Olympiques et Paralympiques et d’immerger dans la journée d’un athlète de haut niveau.

« Ouvres grand les Jeux », ce sont aussi les territoires et le label terre de jeux, une première dans l’histoire olympique, qui leur permet de participer même lorsqu’ils ne comptent aucun site olympique, quelles que soient leur taille et leur localisation.

Pour permettre à tous d’y participer, nous avons opté pour des procédures simplifiées. Ainsi, toute commune intéressée peut remplir un petit dossier d’une dizaine de questions, en lien avec sa volonté ou non d’être centre de préparation aux Jeux, ses possibilités d’accueillir des athlètes qui profiteront de ses installations, l’héritage sportif et ses premières idées quant aux animations qu’elle envisage dans sa collectivité au moment des JO, ou encore préciser les programmes qui l’intéressent en priorité sur la plateforme digitale Terre de Jeux.

Dès lors qu’il y a eu validation de la candidature au conseil municipal et que nous recevons la demande finale, nous attribuons le plus souvent le label quelques semaines plus tard. Par la suite, nous organisons un premier webinaire de quelques heures avec les élues, et affinons avec elles leurs programmes et animations.

Là aussi, le succès a été au rendez-vous puisque 4 500 communes sont aujourd’hui labellisées Terre de Jeux, soit 90 % des communes françaises qui concernent donc 40 Millions d’habitants, alors même que rien n’est fini et qu’il n’y a pas de date limite pour candidater, la plateforme étant toujours ouverte.

Précisément, quelles actions et programmes sont menés dans les territoires labellisés ?

Elles sont multiples et variées, comme le profil des communes, la plus petites ne comptant que 130 habitants, qu’il s’agisse d’actions se construisant dans la durée ou d’animations ponctuelles.

Terre de Jeux porte de fait plus d’une dizaine de programmes, qui sont et ont été créés par exemple par des associations d’élus, comme le Mouvement sportif national. Ce réseau est éminemment important pour nous car il permet de faire remonter des informations de terrain et d’être pourvoyeur d’idées.

Par ce biais, nous avons ainsi appris que seuls 1 % des équipements en France portait le nom d’une sportive féminine, ce qui nous a incités à créer le programme « Sport et parité », qui invite les communes labellisées à donner le nom d’une athlète féminine de leur département à un nouvel équipement sportif.

Pendant les Jeux, la Flamme Olympique passera en outre dans pas moins de 400 communes labellisées tandis que nous s’ouvre à nouveau la billetterie, uniquement réservée aux collectivités labellisées.

De la même façon, Terre de Jeux a également débloqué une enveloppe de 1 million d’euros pour le programme visant à aider les collectivités labellisées à aménager les cours d’école pour donner envie aux enfants de faire du sport, avec des jeux dédiés et des espaces pour bouger.

Nous sommes mobilisés sur tous les fronts pour sensibiliser les plus jeunes et on sait combien certaines habitudes se prennent dès le plus jeune âge.

Nous cherchons pour ce faire tous les leviers possibles, menons des actions de sensibilisation pour capter leur attention, comme celle de la mini-série « Retours sur les bancs de l’école », qui a été diffusée dans le cadre de la Semaine Olympique et Paralympique 2020 et durant laquelle treize athlètes médaillés olympiques/paralympiques, champions du monde ou futurs espoirs pour les Jeux de Paris 2024, se sont prêtés au jeu.

L’école est un lieu essentiel pour se familiariser avec le sport. La semaine olympique et paralympique a ainsi été créée en partenariat entre le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse et Paris 2024 afin de promouvoir la pratique sportive chez les jeunes et de mobiliser la communauté éducative autour des valeurs citoyennes et sportives.

Lors de cette 8 ème édition 2024, nous nous sommes mobilisés dans les écoles des communes labellisées, afin que les élèves fassent plus de sport et travailler sur l’histoire des Jeux Olympiques.

Qu’en est-il de la gestion des supporters ?

Cela fait évidemment partie de mes missions de Directeur de l’engagement que de mettre en place l’animation des sites de compétitions, avec le volonté qu’il y ait une atmosphère magique et festive sur l’ensemble des 745 sessions olympiques et 252 sessions paralympiques, sans exception.

Nous y avons donc identifié des zones parfaitement visibles des autres spectateurs tout autant que des médias afin d’y accueillir des carrés qui comportent d’une cinquantaine de supporters à un millier.

Nous avons contacté par mail les détenteurs de billets (généralement de catégories B et C) pouvant potentiellement se trouver dans ces zones et leur avons proposé la cas échéant de participer au tirage au sort qui sélectionnerons les supporters.

Y a-t-il un parcours supporter défini ?

Les supporters créent cette ambiance particulière, qui souvent se communique à l’ensemble du public.

Ils seront bien évidemment préparés et nous avons d’ores et, déjà fait des tests grandeur nature que ce soit lors du challenge international d’escrime, des Championnats d’Europe à Montpellier de judo, pendant le TQO d’escalade à Laval, la Coupe du monde de rugby-fauteuil, à la halle Carpentier, à l’open de France de Golf à Saint-Quentin-en-Yvelines ou encore au test event de triathlon et plus récemment lors du meeting d’athlétisme à l’Accor Arena, avec un carré de quelques 200 personnes .

Ainsi, les supporters arriveront aux Jeux en sachant parfaitement à quel moment, ils doivent interagir et comment, et en étant capables d’identifier les athlètes, qui entrent sur le terrain.

Il va de soi que nous ne menons pas cette vaste opération seuls. Il faut ici rendre hommage au travail remarquable mené à nos côtés par les fédérations concernées, les comités olympique et paralympique ou encore les associations, qui se sont mobilisées pour recruter des « leaders d’ambiance » parmi celles et ceux, qui n’ont eu de cesse, parfois dans l’ombre, de donner le meilleur d’eux-mêmes que ce soit pour le sport ou encore leur club.

Les besoins sont de taille, puisque chaque session olympique et paralympique sera animée par 5 leaders d’ambiance. Plus encore, ils seront multipliés par deux lors qu’il s’agira de supporter l’équipe de France. Il y aura une grande diversité au sein de ces leaders, allant des personnalités, aux anciens sportifs, en passant par des amateurs, des bénévoles passionnés qui sont la sève de la pratique sportive.

Sur ces supporters, de leur capacité à entraîner avec eux tout un public dans une communion commune, dans cette ferveur si particulière qui entoure les grands instants repose toute l’atmosphère d’un événement.

Pour les athlètes, qui concourent, ils sont un immense soutien dans les épreuves. Un billetterie spécifique leur est bien évidemment dédiée.

Cette démarche dynamique qui implique pleinement les supporters est novatrice et innovante. C’est même une grande première aux Jeux Olympiques, qui marquera durablement les esprits si nous relevons ce pari.

Dans le cadre de votre mission, vous êtes aussi mobilisé autour du Design Actif. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Le principe du Design Actif est d’habiller tout en les embellissant les espaces public afin d’inciter les Français à bouger, à faire du sport, à pratiquer davantage d’activité physique et sportive, parfois même de façon instinctive, grâce à son approche ludique et spontanée.

Il vise toutes les tranches d’âge et les publics, qu’il s’agisse des sportifs aguerris, tout autant que des enfants, des adolescents, des adultes rôdés à la pratique sportives ou pas ou encore les seniors.

D’une façon générale, l’approche est transversale et pluridisciplinaire puisqu’elle mobilise tous les secteurs, qu’il s’agisse de l’urbanisme, des mobilités, de la santé, du sport, de la culture, du patrimoine ou encore de l’environnement naturel.

De la même façon, il revêt des formes diverses et variées allant du marquage au sol, au travail sur le mobilier urbain existant ou sur la création d’un nouveau , en passant par la signalétique, l’élaboration de parcours pédestre, ou encore l’installation d’agrès sportifs et de modules de jeux.

Il peut coûter plusieurs millions d’euros s’il s’agit d’une réhabilitation ou d’une restructuration urbaine, mais aussi seulement quelques milliers d’euros.

Le Design Actif est inclusif dans le sens ou il s’adapte à tous les budgets. Il peut ainsi s’agir de détourner des escaliers, un banc et d’en faire un outil de fitness ou de musculation, de marquage au sol ou encore d’installation de prises d’escalades sur un mur, à moindre coût.

Le Design Actif entre peu à peu dans la vie quotidienne de toutes les françaises et français dès le plus jeune âge, pénètre les écoles, les entreprises. Pour ce faire, nous avons édité trois guides avec des cibles différentes. L’un est dédié aux écoles, l’autre aux collectivités territoriales et un aux entreprises.

Aujourd’hui, des centaines d’écoles, de villes et d’entreprises sont entrés dans le mouvement, avec de magnifiques réussites et des idées particulièrement novatrices.

À Saint-Pierreville, c’est ainsi un parcours santé qui a été créé entre l’Ehpad et la ville, et bénéficie aux résidents, qui peuvent ainsi pratiquer une activité physique adaptée, en totale autonomie et en toute sécurité en plein air.

De leur côté, certaines villes ont fait rentrer le Design Actif dans toutes les écoles. Pour d’autres, comme Calais, ce sont des aménagements beaucoup plus lourds, systématisant le Design Actif afin d’inciter la population à bouger, qui ont été mis en place.

En deçà de la réhabilitation du front de mer, l’ensemble de la ville a bénéficié de l’installation d’aménagements urbains. Terre de Jeux 2024, comme dans d’autres communes, a bien évidemment appuyé cette démarche, en lien avec le programme Action cœur de ville, fidèle à notre volonté que les Jeux Olympiques bénéficient à tous les territoires.

Quel sera selon vous l’héritage des Jeux ?

L’héritage est déjà là, a commencé à prendre forme, il y a 8 ans. Nous avons lancé un mouvement qui ne s’arrêtera pas après les Jeux. La place du sport a d’ores et déjà changé et les mentalités ont évolué dans de nombreux secteurs, y compris au niveau du grand public.

L’accessibilité universelle est aujourd’hui pleinement intégrée dans toutes les démarches. D’ores et déjà, le regard a évolué grâce à la vision inclusive par le sport que nous portons, à l’image de notre équipe de France Olympique, qui est aujourd’hui une, sans distinction, et rassemble tout autant les sportifs olympiques que paralympiques.

Un élan est né. Il ne s’arrêtera pas mais montera au contraire en puissance. Nous allons accueillir le monde entier avec l’ensemble de ces valeurs nouvelles et renouvelées, qui s’expriment partout dans nos territoires, nous concernent toutes et tous, et seront sources d’exemples et d’inspiration.

L’héritage de ces Jeux va bien au-delà de nos frontières. C’est un peu la naissance d’une société nouvelle. Tel est notre engagement !