Quand le cœur des arts et de la culture bat avec celui des Jeux Olympiques et Paralympiques

Entretien avec

Dominique Hervieu, Directrice de la Culture de Paris 2024

« Les valeurs Olympiques sont très belles et universelles. Elles portent en elles celles de l’humanisme, de l’inclusion, de la diversité culturelle, de la transcendance et du respect, que l’on retrouve dans tous les arts, la culture sous toutes ses formes. Comme l’art, le sport est émancipation, liberté d’expression, libération du corps et de l’esprit. Les passerelles sont évidentes, tant le sport et l’art ont de tout temps reflété la société et ses évolutions. »

Les Jeux Olympiques et Paralympiques célèbrent le sport. En quoi sont-ils aussi la fête de la culture ?

Ils sont une fête de la culture, car les arts, l’ensemble des arts, s’engagent pleinement dans les Jeux Olympiques et Paralympiques en dialogue avec le sport. Ce dialogue s’appelle l’Olympiade Culturelle et a été lancé en mars 2022. Programmation artistique et culturelle pluridisciplinaire, elle fait ainsi dialoguer l’art et le sport sur l’intégralité du territoire français avec des milliers de projets culturels labellisés qui sont à la fois le fait de professionnels et d’amateurs, voire mêlent les deux.

En outre, au budget initial dédié de Paris 2024 d’un montant de 12,5 millions d’euros, le Ministère de la Culture a ajouté une enveloppe de 9 millions d’euros. On a ainsi d’emblée donné les moyens à la culture de faire ainsi pleinement partie des Jeux.

Quelles passerelles coexistent entre le sport et la culture ?

Les valeurs Olympiques sont très belles et universelles. Elles portent en elles celles de l’humanisme, de l’inclusion, de la diversité culturelle, de la transcendance et du respect, que l’on retrouve dans tous les arts, la culture sous toutes ses formes. Comme l’art, le sport est émancipation, liberté d’expression, libération du corps et de l’esprit. Les passerelles sont évidentes, tant le sport et l’art ont de tout temps reflété la société et ses évolutions.

Par là même, il est mille et une façons de faire dialoguer le sport et la culture, tous les sports, toutes les cultures, tous les arts. Dans le cadre de l’Olympiade Culturelle, dans de multiples territoires sont ainsi par exemple organisées des expositions autour du sport et de la photographie.

L’art photographique tout autant que l’art en général sait capter le mouvement, l’exploit, l’émotion des sportives et sportifs. Je citerai ainsi à Deauville l’exposition photographique sur le thème du sport revisité par l’image intitulé « Le sport, pour la beauté du geste », mais aussi par exemple celle que l’on peut aussi découvrir dans une dizaine de stations de la RATP ou encore « Sportives ! » au Pavillon des Arts et du Patrimoine de Châtenay-Malabry.

Afin d’associer pleinement toutes et tous, quelle que soit la tranche d’âge, et notamment les plus jeunes, à ce lien entre l’art et le sport, dans le cadre de l’Olympiade Culturelle, Paris 2024 a en outre mis à disposition de tous les établissements scolaires et de l’enseignement supérieur, l’exposition « Champion·ne·s » ainsi que son guide d’exposition, qui met en scène quatre athlètes de haut niveau, Arnaud Assoumani, Aya Cissoko, Marie-Amélie Le Fur et Patricia Manuel sous l’œil de quatre photographes, Adrien Selbert, Françoise Huguier, Magali Lambert et Maia Flore.

De multiples expositions mettent aussi en lumière les athlètes paralympiques, qui sont au cœur de ces Jeux.

Les Jeux Olympiques et Paralympiques, c’est aussi leur Histoire depuis l’Antiquité et leurs liens avec les métamorphoses de la société, telle que nous la conte l’exposition au Palais de la Porte dorée, qui retrace les 33 olympiades et plus d’un siècle d’histoire sociale et politique autour de 130 années d’images d’athlètes dont le destin a parfois changé le cours des choses.

En tout état de cause, de nombreuses expositions et évènements s’articulent autour de cette Histoire, qui parfois a façonné le monde d’aujourd’hui de la Grèce antique, aux Jeux Olympiques modernes, tels que les a réinventés Pierre de Coubertin, et tels qu’ils se réinventent à chaque fois.

Plus encore, pour ces JOP2024 ce dialogue entre le sport et l’art, l’est aussi entre les territoires. Le Musée du Louvre s’est pleinement inscrit dans cette aventure en faisant dialoguer ses œuvres issues de ses collections de sculptures, de peinture, de l’Antiquité au Temps Modernes avec les collections du Musée National du Sport de Nice.

Ici, sous l’Intitulé Victoires, avec toute la symbolique qui s’articule autour du mot, à un moment de notre histoire contemporaine où des guerres sont à nos portes, la France entière dialogue avec le monde, le passé, le présent et le futur, l’héroïsme et le dépassement de soi.

Quels projets portez-vous pour Paris 2024 ?

Ma direction pilote l’Olympiade Culturelle qui rassemble l’ensemble des acteurs du sport et de la culture grâce à l’implication de nombreuses parties prenantes, dont le Ministère de la Culture, le Ministère des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques, la ville de Paris, la Métropole du Grand Paris, la région Île de France, le département de la Seine-Saint-Denis et la ville de Marseille.

Cependant, tout n’est pas né avec mon arrivée. Lorsque j’ai intégré cette magnifique aventure des Jeux Olympiques comme Directrice de la Culture du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, j’ai d’emblée été impressionnée par la mobilisation partout sur les territoires, des plus petites aux grandes communes de la mobilisation des institutions, associations culturelles, grandes et petites autour des Jeux, qui d’ores et déjà portaient de magnifiques projets.

Quelque part, notre action s’est inscrite dans un mouvement et une émulation qui existaient déjà. En 2023, nous avons poursuivi les discussions pour que les projets aboutissent, imaginé de nouveaux projets, fait appel à d’autres artistes pour donner une nouvelle impulsion et élargir la participation aussi bien des institutions prestigieuses que des structures plus petites.

Plusieurs centaines de projets se sont ajoutés au fur et à mesure. Tous ceux qui se déclinent partout en France méritent d’être soutenus, quelles que soient leurs envergures et leurs thématiques.

En outre, l’impact continu et quotidienne du sport dans la société, dans tous les secteurs est devenu une évidence. L’exposition au Musée des Arts Décoratifs sur l’art du sportswear, intitulée « Mode et sport, d’un podium à l’autre », vient ainsi par exemple rappeler les liens étroits entre le sport et la mode et plus largement son influence sur les évolutions du regard.

De fait, le sport s’est immiscé partout, ne serait-ce que dans les tenues vestimentaires du quotidien. Dans un autre secteur, il a aussi servi de levier parfois à l’architecture moderne, telle qu’elle éclate d’ailleurs dans une exposition dédiée à l’architecture et les grands stades.

Qu’en est-il de l’Olympiade Culturelle ?

Dans Olympiade Culturelle , il faut entendre le mot culture au sens le plus vaste qui soit. Il n’est pas uniquement question d’art. La culture concerne toutes les sphères de notre environnement quotidien. Elle peut être tout autant scientifique qu’artistique, concerne tout autant l’éducation que l’univers de la santé, dont on ignore plus depuis longtemps les liens étroits avec le sport, pas plus que l’on ne saurait ignorer les passerelles infimes qui coexistent parfois entre art et sport.

Très clairement tout s’invite pour approfondir le sujet du sport et de la culture, de l’imagination et de l’imaginaire.

Aujourd’hui, le mouvement est immense, puisque nous comptons pas moins de 2100 projets qui se répondent en écho dans toute la France avec pas moins de 44000 jours d’expositions autour desquels est mobilisé l’ensemble des DRAC de toutes les régions.

Il est parfois des liens évident entre l’art et le sport, à l’image de la danse, qui est bien évidemment à l’honneur. Plus encore, le Breakdance, la discipline la plus virtuose dans le monde du Hip-Hop, est aujourd’hui reconnu comme une discipline olympique.

Mais les liens se cultivent et se créent tout autant lorsqu’ils ne tombent pas sous le sens. C’est la démonstration que feront tous les acteurs de la vie artistique, qu’ils soient conservateurs de musée, musiciens, danseurs, peintres, sculpteurs, comédiens, photographes ou encore plasticiens et créent cette immense chaîne humaine, co-construisant chacun à leur façon cette incroyable Olympiade Culturelle, en métropole comme en Outre-Mer, et en dialogue permanent avec les mouvements olympique et paralympique, au croisement de l’art, du sport et des valeurs olympiques.

Dans ce gigantesque dialogue entre la culture et le sport, en tout lieu et toute circonstance, artistes professionnels et amateurs se mêlent, partant à la rencontre les uns des autres, créant, imaginant, vivant intensément des instants de partage, qui se dérouleront partout dans les territoires, que ce soit dans l’espace public ou en pleine nature, en zone urbaine comme rurale, dans des infrastructures sportives ou des hauts lieux patrimoniaux et culturels comme la grande Halle de la Villette, l’Opéra Garnier à Paris, le château de Versailles ou encore le Mucem à Marseille.

Des personnalités connues du grand public, comme Mourad Merzouki, Raphaëlle Boitel ou Bartabas, associant ses chevaux du Cadre noir de Saumur, à ceux de l’Académie Équestre de Versailles, se mêleront aux anonymes, faisant exulter leurs talents tandis que de nouveaux émergeront.

Factuellement, l’Olympiade Culturelle repose sur trois piliers majeurs que sont : l’éducation, le sport et la culture. Elle devient le lieu de tous les possibles, des associations improbables où s’épousent concerts, performances, expositions, danses collectives, films, création numérique, ateliers pour tous les âges, culture hors-murs, déambulations festives à pied, en vélo ou encore au bord de l’eau.

Ici s’expriment et se déclinent la culture et ses mille et unes facettes, parlant et mobilisant tous les publics : enfants, jeunes, adultes et seniors, valides et en situation de handicap, au gré de cette immense aventure humaine qu’est l’Olympisme et ses valeurs communes qui nous sont chères.

En Seine-Saint-Denis, dans ce département souvent très caricaturé, plus de 1200 jeunes déambuleront d’Aubervilliers à Pantin, venant témoigner loin des idées reçues de la richesse de ce territoire, de sa chaleur humaine, de la richesse de ses cultures, portée par ces valeurs qui font l’Humanité.

Accompagnée par 8 structures culturelles majeures du département réunies au sein du collectif la Beauté du Geste, dirigée par des artistes nationaux et internationaux, , c’est une grande parade urbaine qui déambulera ainsi d’un bout à l’autre du territoire, venant témoigner si besoin en était de la force et de la dynamique de ce vivier humain, qu’est sa jeunesse éclatante, surprenante et métissée de Seine-Saint-Denis, qui façonne son avenir, par l’art tout autant que par des réflexions profondes sur le monde et cette société en mouvement.

Comment envisagez-vous l’après JOP 2024 ?

Lorsque j’évoque les différents évènements, il y en a tant que l’on peut avoir l’impression qu’il s’agit d’un catalogue ou d’un agenda culturel, ce qui n’est pas du tout cela en dépit d’une programmation proprement hallucinante.

L’Olympiade, c’est avant tout une incroyable chaîne humaine d’individus qui apprennent à échanger, à se connaître les uns et les autres en partageant leurs différences dans la bonne humeur, témoignage de la force de l’émulation autour des Jeux et de la culture. Il est une dimension collective et participative, qui fait sens dans l’Olympisme et porte hautes en couleurs ses valeurs que sont l’excellence, l’universalisme, l’inclusion, le partage et le dépassement de soi.

Avec ces JOP Paris 2024, la France sera une vitrine pour le monde entier, témoignage de son esprit créatif dans tous les secteurs tout autant que de notre vision humaniste des Jeux Olympiques.

De même, à l’image des talents d’exception de sportifs de haut niveau qui se révéleront lors de ces jeux, l’Olympiade culturelle aura elle aussi sa moisson d’artistes venant de tous horizons, qui parfois pour la première fois sortiront de l’ombre et se révéleront à eux-mêmes tout autant qu’au public.

Les dialogues établis entre des univers différents, multiples et variés se poursuivront. La flamme olympique ne s’éteindra pas. Elle brillera en chacun de nous.