« Notre slogan « Des jeux grands ouverts » reflète parfaitement nos ambitions et la vision que nous portons. Notre volonté est de fait d’offrir des jeux spectaculaires avec des émotions accessibles au plus grand nombre. »
Vous avez joué un rôle crucial dans la candidature française aux JOP 2024. Pouvez-vous en dire davantage ?
L’aventure a commencé pour moi il y a un peu plus de 10 ans. La candidature de Paris aux Jeux Olympiques et Paralympiques a commencé très en amont. En effet, j’ai participé aux deux précédentes candidatures de Paris, en 2008 et 2012, qui se sont soldées par deux échecs. Je rappelle aussi d’ailleurs qu’en 1997, Lille avait aussi été candidate. Très honnêtement la défaite de 2012 au profit de Londres, a été un coup dur mais j’ai la faiblesse de penser que cela a été un mal pour un bien.
Quelque part, je suis resté un compétiteur, avec le mental d’un sportif de haut niveau, qui s’il est déçu de ses résultats comme j’ai pu l’être moi-même à Atlanta en 1996 en tant que représentant de la France de badminton, tire partie de ses échecs. Le fait d’être confronté à l’échec permet d’affiner son expertise. Il est essentiel d’en analyser les causes, pour améliorer ses performances. On n’accepte pas forcément bien la défaite, mais on compose avec pour aller de l’avant.
C’est exactement ce que nous avons fait pour atteindre la victoire. Ainsi, dès le lendemain de la défaite de 2012, nous nous mobilisions autour d’une nouvelle candidature. Dès 2013, j’ai ainsi rejoint l’Association d’étude Ambition Olympique et Paralympique, devenue groupement d’intérêt public en tant que Directeur Général.
Elle rassemblait autour d’elle des acteurs et des experts incontournables du sport et de l’Olympisme.
Présidée par Bernard Lapasset, Président de World rugby, la Fédération Internationale de Rugby, elle réunissait ainsi des représentants du CNOSF, du CPSF, de l’Association Française des Olympiens, de la Ville de Paris, de la Région Ile-de-France, de l’État, ainsi que de Guy Drut et de Tony Estanguet, membres français du CIO, et de Jean-Christophe Rolland, Président de World Rowing, la Fédération Internationale des sociétés d’aviron.
La première étape a été l’introspection lucide. En 2008, la défaite était attendue alors qu’en 2012, ce fut une très grande déception. Nous avons rapidement identifié les causes de nos échecs, la première étant que nous étions beaucoup trop centrés sur nous-mêmes.
Sont venues ensuite deux questions fondamentales à mon sens, lorsque l’on veut faire acte de candidature pour un événement de cette envergure. Pourquoi veut-on accueillir les JOP et pourquoi le CIO souhaiterait qu’ils se déroulent à Paris. Cela intervenait à un moment où ce dernier s’interrogeait d’ailleurs lui-même sur sa pertinence dans la durée.
En deux mots, nous devions être en mesure de le rassurer à la fois sur nous et sur lui, dans sa capacité à s’inscrire dans un développement durable, à porter sa vision à long terme. Nous nous sommes ainsi inscrits dans une forme de parcours initiatique en défendant l’idée d’un apprentissage collectif, autour d’un projet sportif qui s’appuie sur le politique, les territoires, crée une unité et mette le mouvement sportif en avant.
La première étape a ainsi été d’étudier sans se mettre d’œillère l’opportunité d’une candidature de Paris aux Jeux Olympiques et Paralympiques 2024. Le monde sportif s’est rassemblé pour remettre un rapport solide et approfondi, qui nous permettait d’aller de l’avant. La mobilisation, déjà était immédiate.
Lorsque nous avons été lauréat pour les JOP2024, je dois avouer que nous avons construit une équipe en un temps record, tant nous étions déjà soudés et dans un élan commun. L’ADN de Paris 2024 était déjà dans notre sang.
Quelles ambitions vous êtes-vous fixées et quelle vision portez-vous pour ces JOP ?
Notre slogan « Des jeux grand ouverts » reflète parfaitement nos ambitions et la vision que nous portons. Notre volonté est de fait d’offrir des jeux spectaculaires avec des émotions accessibles au plus grand nombre.
Pour s’intéresser aux Jeux, il est impératif à nos yeux que les gens fassent pleinement partie de l’aventure, ne soient pas uniquement des spectateurs, mais les vivent de l’intérieur.
Tous les dispositifs mis en place, qu’il s’agisse du Club Paris 2024 ou du label Terre de Jeux poursuivent cet objectif, et vont de pair avec d’autres initiatives essentielles comme la semaine olympique et paralympique ou encore la création du Fonds de dotation Paris 2024 de 50 Millions d’Euros, créé pour soutenir et renforcer le rôle social du sport à travers des projets d’intérêt général utilisant l’activité physique et sportive comme outil d’impact social.
En quoi vous inscrivez-vous dans une démarche durable résolument tournée vers la France de demain ?
Notre vision est aussi une approche sociétale qui s’inscrit dans un cercle vertueux. Ainsi, 90 % des marchés de ces Jeux ont été non seulement attribués à des groupes et sociétés françaises, avec un rôle important de celles et ceux qui interagissent dans l’Economie Sociale et Solidaire ou le développement durable.
Nous nous inscrivons ainsi dans une démarche transversale dans laquelle la responsabilité sociétale n’est pas un vain mot. Elle s’exprime à tous les niveaux. Nous sommes ainsi à la fois mobilisés autour de la sobriété énergétique, de la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre et avons divisé par deux notre empreinte carbone.
Nous privilégions l’existant aux nouvelles constructions, rentabilisons au maximum les équipements et favorisons les mobilités propres et douces. Parallèlement, l’économie circulaire, et les circuits courts sont pleinement intégré à l’ensemble de nos démarches.
Le versant gastronomie et restauration n’est pas en reste et des personnalités comme le chef Thierry Marx, qui fait d’ailleurs partie de ceux qui porteront la Flamme Olympique, sont à nos côtés défendant hautes en couleur l’idée d’une alimentation gourmande et raisonnable avec un impact environnemental moins élevé, que dans d’autres compétitions.
Très clairement, notre volonté est de créer de nouveaux standards. Les Jeux sont une véritable vitrine de la France de tous les talents, de ce qu’elle a de meilleur, de son écosystème d’excellence et vertueux.
Notre objectif est bien évidemment de démontrer que tout est possible, que nos démarches deviennent des évidences et des automatismes partout en France mais plus loin encore, nous aspirons à devenir source d’inspiration au-delà de nos frontières et que monde entier s’approprie ces nouveaux standards.
Je sais que nos ambitions sont immenses, mais elles sont en parfaite cohérence avec nos engagements et notre candidature. Il est essentiel de transcender. Tony Estanguet a bien évidemment mis la barre très haute, mais elle a permis de rendre le projet encore plus attractif.
Quels nouveaux besoins en termes d’aménagements de sites et de créations d’infrastructures ont émergé avec les Jeux Olympiques ?
95 % des installations pour les jeux existaient déjà. Comme je l’ai précisé, notre démarche s’est toujours inscrite dans un cercle vertueux dans lequel nous avons privilégié le cas échéant la réhabilitation à la construction. Seules, deux infrastructures sportives sont sorties de terre en parfaite adéquation avec nos exigences environnementales.
Ainsi, aujourd’hui le Centre Aquatique Olympique se dresse en face du stade de France et l’Adidas Arena Porte de la Chapelle, avec sa salle bas carbone, sa toiture végétalisée, chauffée et climatisée par géothermie et accessible seulement par les transports en commun ou à vélo, en lien.
Je rappellerai d’ailleurs que son esplanade située devant l’Arena porte le nom d’Alice Milliat, pionnière du sport féminin, en cohérence avec les valeurs que nous portons.
En quoi les JOP2024 peuvent-ils être vecteur d’une cohésion sociale en héritage ?
L’un des objectifs a toujours été, en lien avec les priorités du CIO , d’unir et de rassembler le plus grand nombre, de susciter l’adhésion d’un très large public.
Il est évident que dès lors qu’il s’opère une forme de communion et de mobilisation générale autour d’un projet, nous touchons du doigt les capteurs de cohésion sociale.
Pour ce faire, il faut atteindre le cœur, attirer l’attention, de ceux qui a priori n’éprouvent pas d’engouement immédiat. L’ambition a été d’emblée de rendre ces jeux attractifs pour le plus grand nombre.
L’une de nos cibles était évidemment la jeunesse qui ne s’intéresse pas forcément aux disciplines usuelles. Parmi les sports additionnels, dont le skateboard, l’escalade et le surf, qui figuraient déjà aux JOP de Tokyo, les JOP2024 célèbrent l’entrée du breakdance dans l’olympisme.
Les sports urbains, qui captive le plus souvent un public jeune, sont des atouts forts, en lien avec notre ambition de favoriser la pratique sportive dès le plus jeune âge. Parallèlement, il n’est pas de cohésion sociale sans inclusion.
Les valeurs du sport telles que nous les portons lui font une place essentielle en tous lieux et toutes circonstances. Nous nous sommes sur ces sujets mobilisés pour lutter contre les idées reçues, qui sont par exemple encore véhiculées, sur les personnes en situation de handicap.
Sauf exception, la pratique sportive est riche d’épanouissement personnel, de bien-être, leur permet de se réaliser. Nos sportifs paralympiques en sont bien évidemment des symboles. Ils ne sont plus perçus par leur handicap mais par leur performance.
Loin des stéréotypes passés, le regard évolue et notre équipe de France est une et indivisible. Nous l’avons voulue unique. Elle rassemble l’ensemble de nos sportifs olympiques et paralympiques.
De la même façon, pour ce qui concerne l’équipe de France, nous comptons exactement le même nombre d’athlètes femmes que hommes. Cette parité s’exprime de fait tout autant au niveau du marathon pour tous, que du staff du COJO, que des volontaires.
Célébrer le sport ouvre pour ces Jeux, le champ de tous les possibles. Ils rassemblent autour d’émotions fortes, font rayonner des valeurs communes.
Ils sont aussi la célébration de notre capacité à vivre ensemble les uns aux côtés des autres, en harmonie. C’est la preuve que rien n’est impossible et que l’on peut changer de nombreuses choses autour de projets positifs.
Nous portons hautes en couleurs, cette France une et indivisible aux visages multiples, qui fait rayonner la mixité, la parité, la diversité aux côtés de la performance et de la quête de l’excellence, du dépassement de soi.
Ces Jeux Olympiques et Paralympiques portent en eux un plaidoyer humaniste, veulent être le témoignage qu’un monde meilleur est possible par le sport, en France mais aussi, de par sa portée internationale, dans le monde.
L’héritage des Jeux est aussi ici, comme un message d’espoir d’union de toutes et tous, communiant à l’unisson, faisant vibrer les valeurs du sport, qui sont celles de l’humanité, dans ce qu’elle a de plus beau.






