La quête du Graal

Entretien avec

Perle Bouge, athlète, fédération française d’aviron, médaillée d’argent aux Jeux Paralympiques de Londres en 2012 et de Bronze à Rio en 2016.

« Je crois fermement au pouvoir incroyable de ces Jeux de Paris 2024. Aux Jeux de Londres en 2012, un grand pas a été franchi. Je suis convaincue que ces Jeux feront date, iront encore plus loin, permettant à la fois de faire évoluer le regard sur le Handicap mais aussi de faire connaître les sportifs paralympiens et leurs performances. Les Jeux doivent être un tremplin et non un point final sur différents sujets qu’il s’agisse de l’accessibilité ou encore du regard sur le handicap. L’équipe du COJO (Comité d’Organisation des Jeux Olympiques) s’est d’emblée mobilisée pour faire de ces Jeux « grands ouverts » un événement qui marquera l’histoire et sera le point de départ de vastes évolutions sociétales, dont la prise en charge des situations de handicap et la vision que l’on porte en font partie intégrante. »

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Depuis mon plus jeune âge, je suis une sportive et le sport a toujours fait partie de ma vie. Victime d’un accident de la route à l’âge de 19 ans, le sport a occupé une place encore plus essentielle après lui. Il m’a aidé à me reconstruire et m’a permis d’être la personne que je suis aujourd’hui.

J’ai découvert le basket fauteuil et pratiqué pendant 10 ans cette discipline avec l’équipe de France féminine. Ensuite j’ai découvert l’aviron en 2010, activité que je continue de pratiquer. J’ai eu la chance de vivre 3 Olympiades et de gagner 2 belles médailles paralympiques à Londres et Rio ainsi que de nombreuses médailles nationales et internationales.

Je suis Cadre d’Etat (Conseiller Technique Sportif) au Ministère des Sports en charge du développement de la pratique pour les personnes en situation de handicap physique et/ou sensorielle placée auprès de la Fédération Française Handisport.

Je suis membre de la Commission des athlètes de Paris 2024. Force de propositions auprès du COJO. Nous y échangeons sur différentes thématiques.

Quelle est justement la mission de cette Commission ?

La Commission des Athlètes au sein du COJO, à laquelle j’ai la chance d’appartenir, est composée d’athlètes aux profils différents. Ce qui permet, par sa diversité, une grande richesse dans les échanges. Elle travaille sur différents sujets et c’est une force de proposition auprès des organisateurs.

L’objectif premier est bien évidemment de réussir du mieux possible cette aventure Olympique et Paralympique, afin que ces Jeux de Paris 2024 restent dans toutes les mémoires. Parallèlement, chaque sportif se prépare avec les moyens dont il dispose pour mener à bien son projet.

Quelles problématiques majeures doit-on dépasser lorsque l’on est en situation de handicap ?

Pour ma part, j’ai eu la chance d’être au sein de clubs ou structures qui m’ont permis d’accéder au haut niveau. Tout part de là et repose ainsi sur la capacité de ces entités à intégrer et accompagner pleinement des personnes en situation de handicap.

Ainsi, j’ai pu bénéficier de l’ensemble des moyens humains et matériels qui ont été mis à ma disposition pour me permettre de m’entraîner dans de bonnes conditions et par là même de progresser pour accéder au sport de haut niveau.

De fait, concernant le sport Paralympique, les principales problématiques sont clairement l’accès aux matériels, aux cadres formés voire aux clubs adaptés.

La pratique paralympique peut en effet très rapidement avoir un coût de revient important, qu’il s’agisse des déplacements ou des achats de matériels. Ce budget peut hélas devenir un frein à la pratique.

Dans ce cadre, il est évident que les partenaires publics et privés sont essentiels pour aider à pratiquer sereinement.

Les Jeux de Londres ont à cet égard constitué une véritable évolution, faisant monter en puissance la médiatisation. Tout n’est pas cependant acquis et il faut communiquer davantage sur le paralympisme. La diffusion systématique des épreuves paralympiques fait partie des enjeux forts de la sensibilisation de toutes et tous.

On n’est pas sportif de haut niveau immédiatement, on passe forcément par le sport amateur. C’est là où tout se joue, en partie notre devenir.

Il est donc essentiel d’être présent dans les structures qui accompagnent au quotidien les sportifs afin de faciliter un accès au haut niveau. Dès lors que nous atteignons le niveau international, souvent se met en place un accompagnement personnalisé.

Vous êtes sportive paralympique, mais l’on voit avant tout en vous la sportive de haut niveau. Quel message souhaitez-vous délivrer à ceux qui hésitent à se lancer dans le sport de haut niveau en raison d’un handicap ?

En tant que sportive de haut niveau, je pratique ma discipline dans les meilleures conditions possibles notamment grâce à du matériel adapté.

Dans les faits, je m’entraîne comme les athlètes olympiques avec une recherche permanente de progression aussi bien technique que physique mais aussi mentale. Ma quête est celle de l’excellence, du dépassement de soi, de la performance.

Pour accéder au haut niveau, il faut évidemment franchir des étapes et que l’on vous donne la possibilité de l’atteindre. Aujourd’hui, le handicap ne devrait plus être un frein à la pratique sportive. Il existe une multitude d’activités qui sont accessibles aux différents types de handicap.

De nombreuses structures sont à même d’orienter et d’accompagner vers la pratique, qu’il s’agisse de la Fédération Française Handisport, de la Fédération Française de Sport Adapté ou encore du Comité Paralympique et Sportif Français.

Il existe aussi un maillage des territoires qui se développe au fil du temps. La première étape est de partir à la découverte des différentes offres de pratiques sportives et de disciplines. Il faut avant tout prendre du plaisir dans la pratique du sport.

Avant de penser au haut niveau, il faut dans un premier temps pratiquer régulièrement, et y trouver une vraie source de bien-être et d’épanouissement. Par la suite, comme pour tout athlète, qu’il soit Olympique ou Paralympique, certains accéderont au haut niveau.

Pour ma part, le sport m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui. L’activité physique régulière et je ne parle pas de haut niveau, permet de se sentir bien physiquement et mentalement.

Il est aussi riche de belles rencontres. C’est donc un facteur important d’intégration sociale. Que l’on soit ou non en situation de handicap, le sport est une chance qui permet de se réaliser, à côté de laquelle il ne faut pas passer.

Est-il plus facile à votre avis d’être sportif de haut niveau dans l’univers olympique que paralympique ?

Je ne sais pas s’il est plus facile d’être athlète olympique ou paralympique. Je pense que cela dépend de l’activité que l’on pratique, de l’organisation de la fédération à laquelle on est rattaché, des moyens qui sont mis à notre disposition afin de pratiquer dans de bonnes conditions, sans oublier le rôle essentiel de l’entourage personnel tout autant que de sa structure d’entraînement. A mon sens, cela relève principalement d’une perception individuelle.

Je crois fermement au pouvoir incroyable de ces Jeux de Paris 2024. Aux Jeux de Londres en 2012, un grand pas a été franchi.

Je suis convaincue que ces Jeux feront date, iront encore plus loin. Ils devraient permettre à la fois de faire évoluer le regard sur le handicap mais aussi de faire connaître les athlètes paralympiens et leurs performances.

Les Jeux doivent être un tremplin et non un point final sur différents sujets, qu’il s’agisse de l’accessibilité ou encore du regard sur le handicap. L’équipe du COJO s’est d’emblée mobilisée pour faire de ces jeux « grands ouverts » un événement qui marquera l’histoire.

Ce sera j’espère le point de départ de vastes évolutions sociétales, comme la prise en charge des situations de handicap et la vision que l’on porte sur ce sujet.

Que représente pour vous l’aventure paralympique ?

Je pense que vivre une aventure paralympique est le rêve de tout sportif de haut niveau. Elle est en soi magique. On y vit une expérience unique, riche à la fois sportivement et humainement.

La préparation se fait par étape. On se fixe des objectifs pour répondre aux critères de sélection, de qualifications. On s’entoure pour préparer les différentes étapes et on s’organise au quotidien pour mener son projet du mieux possible.

Vivre une aventure paralympique, c’est aussi se dire que c’est une chance fabuleuse de vivre les Jeux. Cet événement mondial permet d’embarquer les sportifs et non sportifs autour des valeurs qu’incarne le sport. Les Jeux, sont véritablement la quête du GRAAL … Et il arrive qu’on le trouve…